‹ Œuvres de Laplace (volume 5)Chapitre 243 sur 265 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

des satellites de Jupiter, dont il détermina les mouvements par les observations de leurs éclipses ; la découverte de quatre satellites de Saturne, de la rotation de Jupiter et de Mars, de la lumière zodiacale; la connaissance fort approchée de la parallaxe du soleil; une table de réfractions très-exacte, et surtout la théorie complète de la libration de la lune. Galilée n'avait considéré que la libration en latitude : Hévélius expliqua la libration en longitude, en supposant que la lune présente toujours la même face au centre de Torbe lunaire, dont la terre occupe un des foyers. Newton, dans une lettre adressée à Mercator, en 1670, perfectionna l'explication d'Hévélius, en la ramenant à l'idée simple d'une rotation uniforme de la lune sur elle-même, pendant qu'elle se meut inégalement autour de la terre; mais il supposait, avec Hévélius, l'axe de rotation toujours perpendiculaire à l'écliptique. Cassini reconnut, par ses propres observations, qu'il lui était un peu incliné d'un angle constant; et, pour satisfaire à la condition déjà observée par Hévélius, suivant laquelle toutes les inégalités de la libration se rétablissent à chaque révolution des nœuds de l'orbe lunaire, il fit coïncider constamment avec eux les nœuds de l'équateur lunaire. Tel a été le progrès des idées sur un des points les plus curieux du système du monde.

Le grand nombre des académiciens astronomes d'un rare mérite, et les bornes de ce précis historique, ne me permettent pas de rendre compte de leurs travaux. Je me contenterai d'observer que l'application du télescope au quart de cercle, l'invention du micromètre et de l'héliomètre, la propagation successive de la lumière, la grandeur de la terre, et la diminution de la pesanteur à l'équateur, sont autant de découvertes sorties du sein de l'Académie des sciences.

L'astronomie n'est pas moins redevable à la Société royale de Londres, dont l'origine est de quelques années antérieure à celle de l'Académie des sciences. Parmi les astronomes qu'elle a pro-

duits, je citerai Flamsteed, l'un des plus grands observateurs qui aient paru; Halley, illustre par des voyages entrepris pour Tavancernent des sciences, par son beau travail sur les comètes, qui lui fit découvrir le retour de la comète de 1769, et par l'idée ingénieuse d'employer les passages de Vénus sur le soleil à la détermination de sa parallaxe. Je citerai enfin Bradley, le modèle des observateurs, et célèbre à jamais par deux des plus belles découvertes que l'on ait faites en astronomie : l'aberration des fixes, et la nutation de l'axe de la terre.

Quand l'application du pendule aux horloges, et du télescope au quart de cercle, eut rendu sensibles aux observateurs les plus petits changements dans la position des corps célestes, ils cherchèrent à déterminer la parallaxe annuelle des étoiles, car il était naturel de penser qu'une aussi grande étendue que le diamètre de l'orbe terrestre est encore sensible à la distance de ces astres. En les observant avec soin, dans toutes les saisons de l'année, ils aperçurent de légères variations, quelquefois favorables, mais le plus souvent contraires aux effets de la parallaxe. Pour déterminer la loi de ces variations, il fallait un instrument d'un grand rayon, et divisé avec un soin extrême. L'artiste qui l'exécuta mérite une part dans la gloire de l'astronome qui lui dut ses découvertes. Graham, fameux horloger anglais, construisit un grand secteur avec lequel Bradley reconnut, en 1727, l'aberration des étoiles. Pour l'expliquer, ce grand astronome eut l'heureuse idée de combiner le mouvement de la terre avec celui de la lumière, que Roëmer, à la fin de l'avant-dernier siècle, avait conclu des éclipses des satellites de Jupiter. On doit être surpris que, dans l'intervalle d'un demi-siècle qui sépare cette découverte de celle de Bradley, aucun des savants très-distingués qui existaient alors, et qui tous admettaient le mouvement de la lumière, n'ait fait attention aux effets très-simples qui en résultent sur la position des étoiles. Mais l'esprit humain, si actif dans la formation

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