LIVRE CINQUIÈME
serait un jour : une lecture rapide des livres élémentaires lui suffit pour les entendre : il parcourut ensuite la Géométrie de Descartes, rOptique de Kepler et T Arithmétique des infinis de Wallis; et, s élevant bientôt à des inventions nouvelles, il fut, avant l'âge de vingt-sept ans, en possession de son calcul des fluxions, et de sa théorie de la lumière. Jaloux de son repos, et redoutant les querelles littéraires, qu'il eût mieux évitées en publiant plus tôt ses découvertes, il ne se pressa point de les mettre au jour. Le docteur Barrow, dont il était le disciple et l'ami, se démit, en sa faveur, de la place de professeur de mathématiques dans l'université de Cambridge. Ce fut pendant qu'il la remplissait, que, cédant aux instances de la Société royale de Londres et aux sollicitations de Halley, il publia son ouvrage des Principes. L'université de Cambridge, dont îf avait défendu avec zèle les privilèges attaqués par le roi Jacques II, le choisit pour son représentant dans le pariement de convention de 1688, et dans le parlement de 1701. Il fut nommé directeur de la monnaie par le roi Guillaume, et créé chevalier par la reine Anne. Elu, en 1 yoS, président de la Société rc -' \ il continua de l'être sans interruption. Enfin, il jouit de la plus haute considération pendant sa longue vie; et à sa mort, arrivée en 1727, l'élite de sa nation, dont il avait fait la gloire, lui rendit de grands honneurs funèbres.
En 1666, Newton, retiré à la campagne, dirigea, pour la première fois, sa pensée vers le système du monde. La pesanteur des corps au sommet des plus hautes montagnes, à très-peu près la même qu'à la surface de la terre, lui fit conjecturer qu'elle s'étend jusqu'à la lune, et qu'en se combinant avec le mouvement de projection de ce satellite, elle lui fait décrire un orbe elliptique autour de la terre. Pour vérifier cette conjecture, il fallait connaître la loi de diminution de la pesanteur. Newton considéra que si la pesanteur terrestre retient la lune dans son orbite, les planètes doivent être retenues pareillement dans leurs orbes parleur pesan-
teur vers le soleil, et il le démontra par la loi des aires proportionnelles aux temps: or, il résulte du rapport constant trouvé par Kepler, entre les carrés des temps des révolutions des planètes, et les cubes des grands axes de leurs orbes, que leur force centrifuge, et par conséquent leur tendance vers le soleil, diminuent en raison du carré de leurs distances au centre de cet astre; Newton supposa donc la même loi de diminution, à la pesanteur d'un corps, à mesure quil s*élève au-dessus de la surface de la terre \ En partant des expériences de Galilée sur la chute des graves, il détermina la hauteur dont la lune abandonnée à ellemême descendrait vers la terre, dans un court intervalle de temps. Cette hauteur est le sinus verse de Tare qu elle décrit dans le même intervalle, sinus que la parallaxe lunaire donne en parties du rayon terrestre; ainsi, pour comparer à Tobservation la loi de la pesanteur réciproque au carré des distances, il était nécessaire de connaître la grandeur de ce rayon. Mais Newton, n'ayant alors qu'une mesure fautive du méridien terrestre, parvint à un résultat différent de celui qu'il attendait; et, soupçonnant que des forces inconnues se joignaient à la pesanteur de la lune, il abandonna ses idées. Quelques années après, une lettre du docteur Hook lui fit rechercher la nature de la courbe décrite par les projectiles autour du centre de la terre. Picard venait de mesurer en France un degré du méridien : Newton reconnut, au moyen de cette mesure, que la lune était retenue dans son orbite par le seul pouvoir de la gravité supposée réciproque au carré des distances. D*après cette loi , il trouva que la ligne décrite par les corps dans leur chute est une ellipse dont le centre de la terre occupe un des foyers. Considérant ensuite que Kepler avait reconnu, par l'observation, que les orbes des planètes sont pareillement des ellipses au foyer desquelles le centre du soleil est placé; il eut la
' Parmi toutes les lois qui font évanouir Tattraction à une distance infinie, la loi de la nature est la seule dans laquelle cette supposition de Newton soit légitime.