‹ Œuvres de Laplace (volume 5)Chapitre 255 sur 265 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

l'adoption générale a été plus tardive encore que celle du principe de la pesanteur. Cependant il n a donné qu une explication imparfaite des phénomènes capillaires, et leur théorie complète a été Fouvrage de ses successeurs.

Le principe de la pesanteur universelle est-il une loi primordiale de la nature, ou n est-il qu un effet général d'une cause inconnue? Ne peut-on pas ramener à ce principe les afilnités? Newton, plus circonspect que plusieurs de ses disciples, ne s est point prononcé sur ces questions auxquelles l'ignorance où nous sommes, des propriétés intimes de la matière, ne permet pas.de répondre d'une manière satisfaisante* Au lieu de former sur cela des hypothèses, hornons-nous à présenter quelques réflexions sur ce principe et sur la. manière dont il a été employé par les géomètres.

Newton a conclu de l'égalité de l'action à la réaction, que chaque molécule d'un corps céleste doit l'attirer comme die en est attirée; et qu'ainsi la pesanteur est la résultante des attractions de toutes les. molécules du corps attirant.. Le principe Réfaction égaie à la réaction. souffre quelque difficulté. lorsque le mode d'action des forces est inconnu. Aussi Huygens, qui avait fait de ce principe la base de ses recherches sur le choc des corps élastiques, ne le trouva pas suffisant pour établir l'attraction de molécule à molécule. Il .était donc, nécessaire de confirmer cette attraction par les observations, afin de ne laisser aucun doute. sur ce point important de la théorie newtonienne. Les phénomènes célestes peuvent se partager en trois classes. La première .embrasse tous e^ix qui ne dépendent que de la tendance des centres des corps célestes les uns vers les autres : tels sont les mouvements elliptiques des planètes et des satellites, et leurs perturbations réciproques indépendantes de leurs .figures. Je comprends dans la seconde classe les phénomènes qui tiennent à la tendance des molécules des corps attirés v«rd les .cenbres des vcorps. attirants.

tels que le flux et reflux de la mer, la précession des équinoxes et la libration de la lune. Enfin, je mets dans la troisième classe les phénomènes dépendants de Taclion des molécules des corps attirants, sur les centres des corps attirés, et sur leurs propres molécules. Les deux inégalités lunaires dues à l'aplatissement de la terre, les mouvements des orbes des satellites de Jupiter et de Saturne, la figure de la terre et la variation de la pesanteur à sa surface, sont des phénomènes de ce genre. Les géomètres qui, pour expliquer la gravité, entouraient d'un tourbillon chaque corps céleste, pouvaient admettre les théories newtoniennes relatives aux phénomènes des deux premières classes; mais ils devaient rejeter, comme le fit Huygens, les théories des phénomènes de la troisième classe , fondées sur l'action des molécules des corps attirants. L'accord parfait de ces théories avec toutes les observations ne doit maintenant laisser aucun doute sur l'attraction de molécule à molécule. La loi de l'attraction réciproque au carré de la distance est celle des émanations qui partent d'un centre. Elle paraît être la loi de toutes les forces dont l'action se fait apercevoir à des distances sensibles, comme on l'a reconnu dans les forces électriques et magnétiques. Ainsi cette loi , répondant exactement à tous les phénomènes, doit être regardée, par sa simplicité et par sa généralité, comme rigoureuse. Une de ses propriétés remarquables est que, si les dimensions de tous les corps de l'univers, leurs distances mutuelles et leurs vitesses venaient à croître ou à diminuer proportionnellement, ils décriraient des courbes entièrement semblables à celles qu'ils décrivent; en sorte que Tunivers, réduit ainsi successivement jusqu'au plus petit espace imaginable, olTrirait toujours les mêmes apparences à ses observateurs. Ces apparences sont par conséquent indépendantes des dimensions de l'univers, comme en vertu de la loi de proportionnalité de la force à la vitesse elles sont indépendantes du mouvement absolu qu'il peut avoir dans l'espace. La simplicité des

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