LIVRE CINQUIÈME
duit à la fin de son Optique, la même pensée dans laquelle il se serait encore plus confirmé, s'il avait connu ce que nous avons démontré, savoir que les conditions de l'arrangement des planètes et des satellites sont précisément celles qui en assurent la stabilité. « Un destin aveugle, dit-il, ne pouvait jamais faire mouvoir ainsi «toutes les planètes, à quelques inégalités près à peine remar- « quables, qui peuvent provenir de l'action mutuelle des planètes « et des comètes, et qui, probablement, deviendront plus grandes «par une longue suite de temps, jusqu'à ce qu'enfin ce système « ait besoin d'être remis en ordre par son auteur. » Mais cet arrangement des planètes ne peut-il pas être lui-même un effet des lois du mouvement, et la suprême intelligence que Newton fait intervenir ne peut-elle pas l'avoir fait dépendre d'un phénomène plus général? Tel est, suivant nos conjectures, celui d'une matière nébuleuse éparse en amas divers, dans l'immensité des cieux. Peut-on encore affirmer que la conservation du système planétaire entre dans les vues de l'auteur de la nature? L'attraction mutuelle des corps de ce système ne peut pas en altérer la stabilité comme Newton le suppose; mais n'y eût-il dans fespace céleste d'autre fluide que la lumière, sa résistance et la diminution que son émission produit dans la masse du soleil doivent à la longue détruire l'arrangement des planètes; et pour le maintenir, une réforme deviendrait sans doute nécessaire. Mais tant d'espèces d'animaux éteintes, dont M. Cuvier a su reconnaître avec une rare sagacité l'organisation dans les nombreux ossements fossiles qu'il a décrits, n'indiquent-elles pas dans la nature une tendance à changer les choses même les plus fixes en apparence? La grandeur et l'importance du système solaire ne doivent point le faire excepter de cette loi générale; car elles sont relatives à notre petitesse, et ce système, tout vaste qu'il nous semble, n'est qu'un point insensible dans l'univers. Parcourons l'histoire des progrès de l'esprit humain et de ses erreurs, nous y verrons les causes finales reçu-
iées constamment aux bornes de ses connaissances. Ces causes, que Newton transporte aux limites du système solaire, étaient, de son temps même, placées dans l'atmosphère, pour expliquer les météores; elles ne sont donc, aux yeux du philosophe, que l'expression de l'ignorance où nous sommes des véritables causes.
Leibnitz, dans sa querelle avec Newton sur l'invention du calcul infinitésimal, critiqua vivement l'intervention de la divinité pour remettre en ordre le système solaire. « C'est, dit-il, avoir des idées «t bien étroites de la sagesse et de la puissance de Dieu. » Newton répliqua par une critique aussi vive de l'harmonie préétablie de Leibnitz, qu'il qualifiait de miracle perpétuel. La postérité n'a point admis ces vaines hypothèses, mais elle a rendu la justice la plus entière aux travaux mathématiques de ces deux grands génies : la découverte de la pesanteur universelle et les efforts de son auteur pour y rattacher les phénomènes célestes seront toujours l'objet de son admiration et de sa reconnaissance.
Portons maintenant nos regards au delà du système solaire, sur ces innombrables soleils répandus dans l'immensité de l'espace, à un éloignement de nous tel que le diamètre entier de l'orbe terrestre, observé de leur centre, serait insensible. Plusieurs étoiles éprouvent dans leur couleur ou dans leur clarté, des changements périodiques remarquables qui indiquent, à la surface de ces astres, de grandes taches que des mouvements de rotation présentent et dérobent alternativement à nos regards. D'autres étoiles ont paru tout à coup et ont ensuite disparu après avoir brillé, pendant plusieurs mois, d'un vif éclat. Telle fut l'étoile observée par Tycho-Brahé, en iSya, dans la constellation de Cassiopée. En très-peu de temps elle surpassa la clarté des plus brillantes étoiles et de Jupiter même : on la voyait en plein jour. Sa lumière s'affaiblit ensuite, et elle disparut seize mois après sa découverte. Sa couleur éprouva des variations considérables : elle fut d'abord d'un blanc éclatant, ensuite d'un jaune rougeâtre, et,