LIVRE CINQUIEME
mitivement établi et maintient le rapport que Ton observe entre leurs moyens mouvements ^ et qui consiste en ce que la longitude moyenne du premier satellite, moins trois fois celle du second , plus deux fois celle du troisième, est constamment égale à deux angles droits. En vertu des attractions célestes, la grandeur de Tannée sur chaque planète est toujours à très-peu près la même : le changement d'inclinaison de son orbite à son équateur, renfermé dans d'étroites limites, ne peut apporter que de légères variétés dans la température des saisons. Il semble que la nature ait tout disposé dans le ciel pour assurer la durée du système planétaire, par des vues semblables à celles qu'elle nous paraît suivre si admirablement sur la terre, pour la conservation des individus et pour la perpétuité des espèces.
C'est principalement à l'attraction des grands corps placés au centre du système des planètes et des systèmes de satellites qu'est due la stabilité de ces systèmes, que l'action mutuelle de tous ces corps, et les attractions étrangères, tendent sans cesse à troubler. Si l'action de Jupiter venait à cesser, ses satellites, que nous voyons se mouvoir autour de lui suivant un ordre admirable, se disperseraient aussitôt, les uns en décrivant autour du soleil des ellipses très-allongées, les autres en s'éloignant indéfiniment dans des orbes hyperboliques. Ainsi l'inspection attentive du système solaire nous montre la nécessité d'une force centrale très-puissante pour maintenir l'ensemble d'un système et la régularité de «es mouvements.
Ces considérations seules expliqueraient la disposition du système solaire, si le géomètre ne devait pas étencbre pins loin sa vue, et chercher dans les lois primordiales de la nature, la cause des phénomènes le plus indiquée par l'ordre de l'univers. Déjà quelques-uns d'eux ont été ramenés à ces lois. Ainsi la stabilité des pôles de la terre à sa surface, et celle de l'équilibre des mers, l'une et l'autre si nécessaires à la conservation des ôtres organisés , ne
sont qu un simple résultat du mouvement de rotation et de la pesanteur universelle. Par sa rotation ^ la terre a été aplatie , et son axe de révolution est devenu l'un de ses axes principaux; ce qui rend invariables les climats et la durée du jour. En vertu de la pesanteur, les couches terrestres les plus denses se sont rapprochées du centre de la terre, dont la moyenne densité surpasse ainsi celle des eaux qui la recouvrent; ce qui suffit pour assurer la stabilité de l'équilibre des mers, et pour mettre un frein à la fureur des flots. Ces phénomènes et quelques autres semblablement expliqués autorisent à penser que tous dépendent de ces lois par des rapports plus ou moins cachés, mais dont il est plus sage d'avouer l'ignorance, que d'y substituer des causes imaginées par le seul besoin de calmer notre inquiétude sur l'origine des choses qui nous intéressent.
Je ne puis m'empêcher ici d'observer combien Newton s'est écarté sur ce point, de la méthode dont il a fait, d'ailleurs, de si heureuses applications. Depuis la publication de ses découvertes sur le système du monde et sur la lumière, ce grand géomètre, livré à des spéculations d'un autre genre, rechercha par quels motifs l'auteur de la nature a donné au système solaire la constitution dont nous avons parlé. Après avoir exposé dans le scholie qui termine l'ouvrage des Principes \ le phénomène singulier du mouvement des planètes et des satellites, dans le même sens, à peu près dans un même plan, et dans des orbes presque circulaires, il ajoute : « Tous ces mouvements si réguliers n'ont point de causes « mécaniques , puisque les comètes se meuvent dans toutes les
«parties du ciel et dans des orbes fort excentriques Cet admi-
« rable arrangement du soleil, des planètes et des comètes, ne peut « être que l'ouvrage d'un être intelligent et tout-puissant. » Il.repro-
' Ce scholie ne se trouve point dans la première édition de Touvrage. 11 parait que Newton, jusqu*alors, s^était uniquement livré aux sciences mathématiques qu'il a, malheureusement pour elles et pour sa gloire, trop tôt abandonnées.