LIVRE PREMIER
planètes supérieures, expriment leurs moyennes distances au soleil ou à la terre. La simplicité de cette hypodiése suffirait donc seule pour la faire admettre, mais les observations que nous devons au télescope ne laissent aucun doute à son égard.
On a vu précédemment que les éclipses des satellites de Jupiter déterminent la distance de cette planète au soleil, et il en résulte quelle décrit autour de lui un orbe presque circulaire. On a vu encore que les apparitions et les disparitions de l'anneau de Saturne donnent sa distance à la terre environ neuf ^fois et demie plus grande que celle de la terre au soleil; et, suivant. les déterminations de Ptolémée, ce rapport est à fort peu près celui du rayon de Forbite de Saturne au rayon de son épicycle ; d'où il suit que cet épicycle est égal à l'orbite solaire, et qu'ainsi Saturne décrit à peu près un cercle autour du soleil. Les phases observées dans les deux planètes inférieures prouvent évidemment quelles se meuvent autour du soleil. Suivons, en effet, le mouvement de Vénus, et les variations de son diamètre apparent et de ses phases. Lorsque , le matin , elle commence à se dégager des rayons du soleil, on l'aperçoit avant le lever de cet astre, sous la forme d'un croissant, et son diamètre apparent est à son maximum ; elle est donc alors plus près de nous que du soleil, et presque en conjonction avec lui. Son croissant augmente et son diamètre apparent diminue à mesure qu'elle s'éloigne du soleil. Parvenue à cinquante degrés environ de distance de cet astre, elle s'en rapproche en nous découvrant de plus en plus son hémisphère éclairé; son diamètre apparent continue de diminuer jusqu'au moment où elle se plonge, le matin, dans les rayons du soleil. A cet instant, Vénus nous paraît pleine, et son diamètre apparent est à son minimum; elle est donc, dans cette position, plus loin de nous que le soleil. Après avoir disparu pendant quelque temps, cette planète reparaît le soir, et reproduit dans un ordre inverse les phénomènes qu'elle avait montrés avant sa disparition. Son hémisphère éclairé
se détourne de plus en plus de la terre, ses phases diminuent, et en même temps son diamètre apparent augmente à mesure qu elle s'éloigne du soleil. Parvenue à cinquante degrés environ de distance de cet astre, elle revient vers lui ; ses phases continuent de diminuer, et son diamètre, d'augmenter, jusqu'à ce qu'elle se plonge de nouveau dans les rayons solaires. Quelquefois, dans l'intervalle qui sépare sa disparition du soir de sa réapparition du matin, on la voit, sous la forme d'une tache, se mouvoir sur le disque du soleil. Il est clair, d'après ces phénomènes, que le soleil est à peu près au centre de l'orbite de Vénus , qu'il emporte en même temps qu'il se meut autour de la terre. Mercure nous offre des phénomènes semblables à ceux de Vénus ; ainsi le soleil est encore au centre de son orbite.
Nous sommes donc conduits par les apparences des mouvements et des phases des planètes, à ce résultat général, savoir: que «tous ces astres se meuvent autour du soleil qui, dans sa « révolution réelle ou apparente autour de la terre, parait emporter « les foyers de leurs orbites. » Il est remarquable que ce résultat dérive de l'hypothèse de Ptolémée, en y supposant égaux à l'orbe solaire les cercles et les épicycles décrits, chaque année, dans cette hypothèse, qui cesse alors d'être purement idéale et propre uniquement à représenter à l'imagination les mouvements célestes. Au lieu de faire tourner les planètes autour de centres imaginaires , elle place au foyer de leurs orbites de grands corps qui, par leur action, peuvent les retenir sur ces orbites, et elle nous fait ainsi entrevoir les causes des mouvements circulaires.