LIVRE PREMIER
modèle que les nations éclairées s'empressent d'imiter, et qui sera bientôt étendu à l'Europe entière.
On ne peut fixer, par des opérations géodésiques, les positions respectives des lieux séparés par de vastes mers, et il faut alors recourir aux observations célestes. La connaissance de ces positions est un des plus grands avantages que l'astronomie nous ait pro^ curés. Pour y parvenir, on a suivi la méthode dont on avait fait usage pour former le catalogue des étoiles, en concevant sur la surface terrestre des cercles correspondant à ceux que l'on avait imaginés dans le ciel. Ainsi l'axe de l'équateur céleste traverse la surface de la terre dans deux points diamétralement opposés, qui ont chacun à leur zénith un des pôles du monde, et que l'on peut considérer comme les pôles de la terre. L'intersection du plan de l'équateur céleste avec cette surface est une circonférence qui peut être regardée comme l'équateur terrestre; les intersections de tous les plans des méridiens célestes avec la même surface sont autant de lignes courbes qui se réunissent aux pôles, et qui sont les méridiens terrestres, si la terre est un solide de révolution, ce que l'on peut supposer en géographie sans erreur sensible. Enfin, de petites circonférences tracées sur la terre parallèlement à l'équateur sont les parallèles terrestres, et celui d'un lieu quelconque répond au parallèle céleste qui passe à son zénith.
La position d'un lieu sur la terre est déterminée par sa distance à l'équateur, ou par l'arc du méridien terrestre compris entre l'équateur et son parallèle, et par l'ange que forme son méridien avec un premier méridien dont la position est arbitraire, et auquel on rapporte ainsi tous les autres. Sa distance à l'équateur dépend de l'angle compris entre son zénith et l'équateur céleste, et cet angle est évidemment égal à la hauteur du pôle sur l'horizon : cette hauteur est ce que l'on nomme latitude en géographie. La longitude est l'angle que le méridien d'un lieu fait avec le premier méridien; c'est l'arc de l'équateur compris entre les deux
méridiens. Elle est orientale ou occidentale, suivant que le lieu est à Forient ou à l'occident du premier méridien.
L'observation de la hauteur du pôle donne la latitude : la longitude se détermine au moyen d'un phénomène céleste observé à la fois sur les méridiens dont on cherche la position respective. Si le méridien d'où Ton compte les longitudes est à l'orient de celui dont on cherche la longitude, le soleil y parviendra plus tôt au méridien céleste; si, par exemple, Tangle formé parles méridiens terrestres est le quart de la circonférence, la diilérence entre les instants du midi sur ces méridiens sera le quart du jour. Supposons donc que sur chacun d'eux on observe un phénomène qui arrive au même instant physique pour tous les lieux de la terre, tel que le commencement ou la fin d'une éclipse de lune ou des satellites de Jupiter; la différence des heures que compteront les observateurs au moment du pliénomène sera au jour entier comme l'angle formé par les deux méridiens est à la circonférence. Les éclipses de soleil et les occultations des étoiles par la lune fournissent des moyens plus exacts pour avoir les longitudes, par la précision avec laquelle on peut observer le commencement ou la fin de ces phénomènes : ils n'arrivent pas, à la vérité, au même instant physique pour tous les lieux de la terre; mais les éléments du mouvement lunaire sont suffisamment connus pour tenir compte exactement de cette différence.
Il n'est pas nécessaire, pour déterminer la longitude d'un lieu, que le phénomène céleste observé l'ait été sous le premier méridien; il suffit qu'on l'ait observé sous un méridien dont la position à l'égard du premier méridien soit connue. C'est ainsi qu'en liant les méridiens les uns aux autres, on est parvenu à déterminer la position respective des points les plus éloignés de la terre.
Déjà les longitudes et les latitudes d'un grand nombre de lieux ont été déterminées par des observations astronomiques; de grandes erreurs sur la situation et l'étendue des pays anciennement con-