DE SA FIGURE
Quoique la terre et les fluides qui la recouvrent aient dû prendre depuis longtemps l'état qui convient à l'équilibre des forces qui les animent, cependant la figure de la mer change, à chaque instant du jour, par des oscillations régulières et périodiques connues sous le nom àejlnx et reflux de la mer. C'est une chose vraiment étonnante que de voir, dans un temps calme et par un ciel serein, la vive agitation de cette grande masse fluide, dont les flots viennent se briser avec impétuosité contre les rivages. Ce spectacle invite à la réflexion , et fait naître le désir d'en pénétrer la cause; mais, pour ne pas s'égarer dans de vaines hypothèses, il faut, avant tout, connaître les lois de ce phénomène, et le suivre dans tous ses détails. Mille causes accidentelles pouvant en altérer la marche, il faut considérer à la fois un grand nombre d'observations, afin que, les effets des causes passagères venant à se détruire mutuellement, les résultats moyens ne laissent apercevoir que les effets réguliers. 11 faut encore, par une combinaison avantageuse des observations, mettre chacun de ces effets en évidence. Mais cela ne suffit point : les résultats des observations étant toujours susceptibles d'erreurs, il est nécessaire de connaître la probabilité que ces erreurs sont renfermées dans des limites données. On sent, il est vrai, que, pour une même probabilité, ces limites sont d'autant plus rapprochées que les observations sont plus nombreuses, et c'est ce qui, dans tous les temps, a porté les observateurs à multiplier les faits et les expériences.
Toue Ti. IS
Mais cet aperçu général ne détermine pas le degré de précision des résultats; il ne fait point connaître le nombre des observations nécessaires pour obtenir une probabilité déterminée. Quelquefois même il a fait rechercher la cause de phénomènes qui n*étaient dus qu au hasard. Le calcul des probabilités peut seul faire apprécier ces objets; ce qui rend son usage de la plus haute importance dans les sciences physiques et morales.
Au commencement du dernier siècle , et sur Tinvitation de l'Académie des sciences, on fit dans nos ports un grand nombre d'observations des marées; elles furent continuées chaque jour, à Brest, pendant six années consécutives. La situation de ce port est très-favorable à ce genre d'observations. 11 communique avec la mer par un vaste et long canal au fond duquel le port a été construit. Les irrégularités du mouvement de la mer ne parviennent ainsi dans ce port que très-affaiblies, à peu près comme les oscillations que les mouvements du vaisseau impriment à la colonne de mercure d'un baromètre sont atténuées par un étranglement du tube de cet instrument. De plus, les marées étant fort grandes à Brest, les variations accidentelles n'en sont quune faible partie; et si l'on considère spécialement, comme je fai fisiit, les excès des hautes mers sur les basses mers voisines, les vents, cause principale des irrégularités du mouvement de la mer, ont sur les résultats peu d'influence, parce que, s'ils élèvent une haute mer, ils soulèvent à peu près autant la basse mer qui la suit ou qui la précède. Aussi Ton remarque dans ces résultats une grande régularité, pour peu que l'on multiplie les observations. Frappé de cette régularité, je priai le gouvernement d'ordonner que l'on fît dans le port de Brest une nouvelle suite d'observations des marées pendant une période entière du mouvement des nœuds de forbite lunaire. C'est ce que l'on a bien voulu entre* prendre. Ces observations datent de l'année 1806, et elles ont été continuées, chaque jour, sans interruption. En discutant toutes