‹ Œuvres de Laplace (volume 5)Chapitre 62 sur 265 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

considère; or on peut supposer depuis douze degrés de hauteur apparente jusqu'au zénith, la route de la lumière des astres, sensiblement rectiligne , et l'on peut , dans cet intervalle , considérer les couches de l'atmosphère comme étant planes et parallèles; alors l'épaisseur de chaque couche dans la direction du rayon lumineux est à son épaisseur dans le sens vertical, comme la sécante de la distance apparente de l'astre au zénith est au rayon. En multipliant donc cette sécante par — 0,0902 835 , et par le rapport de la hauteur du baromètre, à o'",76; en divisant ensuite le produit par l'unité plus 0,00875 multiplié par le nombre des degrés du thermomètre , on aura le logarithme de l'intensité de la lumière de l'astre. Cette règle fort simple donnera l'extinction de la lumière des astres au sommet des montagnes et au niveau des mers; ce qui peut être utile, soit pour corriger les observations des éclipses des satellites de Jupiter, soit pour évaluer l'intensité de la lumière solaire au foyer des verres ardents. Nous devons cependant observer que les vapeurs répandues dans l'air influent considérablement sur l'extinction de la lumière : la sérénité du ciel et la rareté de l'air rendent la lumière des astres plus vive sur les montagnes élevées ; et si l'on transportait nos grands télescopes sur le sommet des Cordilières , il n'est pas douteux que Ton découvrirait plusieurs phénomènes célestes qu'une atmosphère plus épaisse et moins transparente rend invisibles dans nos climats. L'intensité de la lumière des astres, à de très-petites hauteurs, dépend, ainsi que leur réfraction, de la densité des couches élevées de l'atmosphère. Si sa température était partout la même, les logarithmes de l'intensité de la lumière seraient proportionnels aux réfractions astronomiques , divisées par les cosinus des hauteurs apparentes; et alors cette intensité à l'horizon serait réduite environ à la quatre-millième partie de sa valeur primitive; c'est pour cela que le soleil, dont on peut difficilement soutenir l'éclat à midi , se voit sans peine à l'horizon.

On peut, au moyen de ces données, déterminer Finfluence de notre atmosphère dans les éclipses. En réfractant les rayons solaires qui la traversent, elle les infléchit dans le cône d^ombre terrestre; et comme la réfraction horizontale surpasse la demisomme des parallaxes du soleil et de la lune, le centre du disque lunaire, supposé sur Taxe de ce cône , reçoit des deux côtés de la terre, les rayons d'un même point de la surface du soleil; ce centre serait donc plus éclairé que dans la pleine lune, si Tatmosphère n'éteignait pas en grande partie la lumière qu elle lui fait parvenir. Il résulte de l'analyse appliquée aux données précédentes, qu'en prenant pour unité la lumière de ce point dans la pleine lune, sa lumière est 0,02 dans les éclipses centrales apogées, et seulement o,oo36, ou six fois moindre environ, dans les éclipses centrales périgées. S'il arrive donc alors, par un concours extraordinaire de circonstances, que les vapeurs absorbent une partie considérable de celte faible lumière quand elle traverse l'atmosphère pour arriver du soleil à la lune, ce dernier astre sera entièrement invisible. L'histoire de l'astronomie nous offre quelques exemples, quoique très-rares, de cette disparition totale de la lune dans ses éclipses. La couleur rouge du soleil et de la lune à l'horizon nous prouve que l'atmosphère terrestre laisse un plus libre passage aux rayons de cette couleur, qui, par cette raison, est celle de la lune éclipsée.

Dans les éclipses de soleil, la lumière réfléchie par l'atmosphère terrestre diminue l'obscurité qu'elles produisent. Plaçons-nous, en eflet, sous l'équateur, et supposons les centres du soleil et de la lune à notre zénith. Si, la lune étant périgée, le soleil est apogée, on aura à très-peu près le cas de Tobscurité la plus profonde, et sa durée sera d'environ cinq minutes et demie. Le diamètre de l'ombre projetée sur la terre sera vingt-deux millièmes de celui de la terre et six fois et demie moindre que le diamètre de la section de l'atmosphère par le plan de l'horizon, du moins si Ton

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