LIVRE DEUXIEME
ce système autour de nous n est sembiablement qu une apparence?
Transportons-nous, par la pensée, à la surface du soleil, et de là contemplons la terre et les planètes. Tous ces corps nous paraîtront se mouvoir d'occident en orient, et déjà cette identité de direction est un indice du mouvement de la terre; mais ce qui le démontre avec évidence, c est la loi qui existe entre les temps des révolutions des planètes et leurs distances au soleil. Elles circulent autour de lui avec dautant plus de lenteur, qu elles en sont plus éloignées, de manière que les carrés des temps de leurs révolutions sont comme les cubes de leurs moyennes distances à cet astre. Suivant cette loi remarquable, la durée de la révolution de la terre, supposée en mouvement autour du soleil, doit être exactement celle de Tannée sidérale. N'est-ce pas une preuve incontestable que la terre se meut comme toutes les planètes, et qu elle est assujettie aux mêmes lois? D'ailleurs ne serait-il pas bizarre de supposer le globe terrestre, à peine sensible vu du soleil, immobile au milieu des planètes en mouvement autour de cet astre, qui lui-même serait emporté avec elles autour de la terre? La force qui, pour retenir les planètes dans leurs orbes respectifs autour du soleil, balance leur force centrifuge, ne doit-elle pas agir également sur la terre, et ne faut-il pas que la terre oppose à cette action la même force centrifuge? Ainsi la considération des mouvements planétaires observés du soleil ne laisse aucun doute sur le mouvement réel de la terre. Mais l'observateur placé sur elle a, de plus, une preuve sensible de ce mouvement dans le phénomène de l'aberration , qui en est une suite nécessaire : c'est ce que nous allons développer.
Sur la fin du dernier siècle, Roemer observa que les éclipses des satellites de Jupiter avancent vers les oppositions de cette planète, et retardent vers ses conjonctions, ce qui lui fit soupçonner que la lumière ne se transmet pas, dans le même instant, de ces astres
à la terre, et quelle emploie un intervalle de temps sensible à parcourir le diamètre de l'orbe du soleil. En effet, Jupiter, dans ses oppositions, étant plus près de nous que dans ses conjonctioas, d'une quantité égale à ce diamètre, les éclipses doivent arriver pour nous plus tôt dans le premier cas que dans le second , de tout le temps que la lumière met à traverser l'orbe solaire. La loi des retards observés de ces éclipses répond si exactement à cette hypothèse, qu'il n'est pas possible de s'y refuser. Il en résulte que la lumière emploie Sy i " à venir du soleil à la terre.
Présentement, un observateur immobile verrait les astres suivant la direction de leurs rayons; mais il n'en est pas ainsi dans la supposition où il se meut avec la terre. Pour ramener ce cas à celui de l'observateur en repos, il suffit de transporter en sens contraire aux astres, à leur lumière, et à l'observateur lui-même, le mouvement dont il est animé, ce qui ne change point la position apparente des astres; car c'est une loi générale d*optique, que si l'on imprime un mouvement commun à tous les corps d*un système, il n'en résulte aucun changement dans leur situation apparente. Concevons donc qu'au moment où un rayon lumineux va pénétrer dans l'atmosphère terrestre, on lui donne, ainsi qu'à l'air et à la terre, un mouvement égal et contraire à celui de l'observateur, et voyons quels phénomènes ce mouvement doit produire dans la position apparente de l'astre dont le rayon émane^ On peut faire abstraction du mouvement de rotation de la terre, environ soixante fois moindre à l'équateur même que celui de la terre autour du soleil : on peut encore supposer ici, sans erreur sensible, tous les rayons lumineux que chaque point du disque d'un astre nous envoie parallèles entre eux et au rayon qui parviendrait du centre de l'astre à celui de la terre si elle était transparente. Ainsi les phénomènes que les astres présenteraient à un observateur placé à ce dernier centre, et qui dépendent du mouvement de la lumière combiné avec celui de la terre , sont à très-