‹ Œuvres de Laplace (volume 5)Chapitre 72 sur 265 · DES APPARENCES DUES AU MOUVEMENT DE LA TERRE · texte numérisé non relu

DES APPARENCES DUES AU MOUVEMENT DE LA TERRE

Du point de vue où la comparaison des phénomènes célestes vient de nous placer, considérons les astres, et montrons la parfaite identité de leurs apparences avec celles que Ton observe. Soit que le ciel tourne autour de l'axe du monde, soit que la terre tourne sur elle-même en sens contraire du mouvement apparent du ciel immobile, il est clair que tous les astres se présenteront à nous de la même manière. Il n'y a de différence qu'en ce que, dans le premier cas, ils viendraient se placer successivement au-dessus de divers méridiens terrestres qui, dans le second cas, vont se placer au-dessous d'eux.

Le mouvement de la terre étant commun à tous les corps situés à sa surface et aux fluides qui les recouvrent, leurs mouvements relatifs sont les mêmes que si la terre était immobile. Ainsi, dans un vaisseau transporté d'un mouvement uniforme, tout se meut comme s'il était en repos : un projectile lancé verticalement de bas en haut retombe au point d'où il était parti : il paraît, sur le vaisseau, décrire une verticale; mais, vu du rivage, il se meut obliquement à l'horizon et décrit une courbe parabolique. Cependant la vitesse réelle due à la rotation de la terre étant un peu moindre au pied qu'au sommet d'une tour élevée, si, de ce sommet, on abandonne un corps à sa pesanteur, on conçoit qu'en vertu de l'excès de sa vitesse réelle de rotation sur celle du pied de la tour, il ne doit pas tomber exactement au point où le fil à plomb qui part du sommet de la tour va rencontrer la surface de la terre, mais un peu à l'est de ce point. L'analyse fait voir qu'en effet son

écart de ce point n'a lieu que vers Test, qu il est proportionnel à la racine carrée du cube de la hauteur de la tour et au cosinus de la latitude, et qu à Téquateur il est de ai'"*"*, 962 pour cent mètres de hauteur. On peut donc, par des expériences très-précises sur la chute des corps, rendre sensible le mouvement de rotation de la terre. Celles que Ton a déjà faites, dans cette vue, en Allemagne et en Italie, s'accordent assez bien avec les résultats précédents; mais ces expériences, qui exigent des attentions très-délicates, ont besoin d'être répétéesavec plus d'exactitude encore. La rotation de la terre se manifeste à sa surface, principalement par les effets de la force centrifuge, qui aplatit le sphéroïde terrestre aux pôles, et diminue la pesanteur à i'équateur, deux phénomènes que les mesures du pendule et des degrés des méridiens nous ont fait connaître. Dans la révolution de la terre autour du soleil, son centre et tous les points de son axe de rotation étant mus avec des vitesses égales et parallèles, cet axe reste toujours parallèle à lui-même: en imprimant à chaque instant aux corps célestes et à toutes les parties de la teiTe un mouvement égal et contraire à celui de son centre, ce point restera Immobile, ainsi que l'axe de rotation; mais ce mouvement imprimé ne change point les apparences de celui du soleil; il ne fait que transporter à cet astre, en sens contraire, le mouvement réel de la terre; les apparences sont par conséquent les mêmes dans l'iiypolhèse de la terre en repos et dans celle de son mouvement autour du soleil. Pour suivre plus particulièrement l'identité de ces apparences, imaginons un rayon mené du centime du soleil à celui de la terre : ce rayon est perpendiculaire au plan qui sépare l'hémisphère éclairé de la terre de son hémisphère obscur : le point dans lequel il traverse la terre a le soleil verticalement au-dessus de lui, et tous les points du parallèle terrestre que ce rayon rencontre successivement en vertu du mouvement diurne ont, à midi, cet astre au zénith. Or, soit qixe le soleil se meuve autour de la terre, soit que la terre se meuve

Page 1