‹ Œuvres de Laplace (volume 5)Chapitre 82 sur 265 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

que M. Encke avait calculées d*avance, qu'il ne doit rester aucun doute sur ce retour de la comète prédit par M. Encke.

La nébulosité dont les comètes sont presque toujours environnées paraît être formée des vapeurs que la chaleur solaire élève de leur surface. On conçoit, en effet, que la grande chaleur qu elles éprouvent vers leur périhélie doit raréfier les matières condensées par le froid qu elles éprouvaient à leurs aphélies. Cette chaleur est excessive pour les comètes dont la distance périhélie est très-petite. La comète de 1680 fut, dans son périhélie, cent soixante et six fois plus près du soleil que la terre, et par conséquent elle dut en éprouver une chaleur vingt-sept mille cinq cents fois plus grande que celle qu il communique à la terre, si, comme tout porte à le penser, sa chaleur est proportionnelle à l'intensité de sa lumière. Cette grande chaleur, fort supérieure à celle que nous pouvons produire, volatiliserait, selon toute apparence, la plupart des substances terrestres.

En observant les comètes avec de forts télescopes, et dans des circonstances où nous ne devrions apercevoir qu'une partie de leur hémisphère éclairé, on n'y découvre pas de phases. Une seule comète, celle de i68q, en a paru présenter à Hévélius et à La Hire. On verra, dans la suite, que les masses des comètes sont d'une petitesse extrême; les diamètres de leurs disques doivent donc être presque insensibles, et ce qu'on nomme leur noyau est, selon toute apparence, formé en grande partie des couches les plus denses de la nébulosité qui les environne : aussi Herschel, avec de très-forts télescopes, est-il parvenu à reconnaître, dans le noyau de la comète de 1811, un point brillant, qu'il a jugé avec raison être le disque même de la comète. Ces couches sont encore extrêmement rares, puisque l'on a quelquefois aperçu des étoiles au travers.

Les queues que les comètes traînent après elles paraissent être composées des molécules les plus volatiles que la chaleur du soleil

élève de leurs surfaces, et que Timpulsion de ses rayons en éloigne indéfiniment. Cela résulte de la direction de ces traînées de vapeurs, toujours situées au delà de la tête des comètes relativement au soleil, et qui, croissant à mesure que ces astres s*en approchent, n'atteignent leur maximum qu après le passage au périhélie. L*extrême ténuité des molécules augmentant le rapport des surfaces aux masses, elle peut rendre sensible l'impulsion des rayons solaires, qui peut alors faire décrire à peu près à chaque molécule un orbe hyperbolique, le soleil étant au foyer de Thyperbole conjuguée correspondante. La suite des molécules mues sur ces courbes depuis la tête de la comète forme une trainée lumineuse opposée au soleil et un peu inclinée au côté que la comète abandonne en s'avançant dans son orbite : c est, en effet, ce que Tobservation nous montre. La promptitude avec laquelle ces queues s'accroissent peut faire juger de la rapidité d'ascension de leurs molécules. On conçoit que les différences de volatilité, de grosseur et de densité des molécules, doivent en produire de considérables dans les courbes qu elles décrivent; ce qui apporte de grandes variétés dans la forme, la longueur et largeur des queues des comètes. Si Ton combine ces effets avec ceux qui peuvent résulter d'un mouvement de rotation dans ces astres, et avec les illusions de la parallaxe annuelle, on entrevoit la raison des singuliers phénomènes que leurs nébulosités et leurs queues nous présentent.

Quoique les dimensions des queues des comètes soient de plusieurs millions de myriamètres, cependant elles n'affaiblissent pas sensiblement la lumière des étoiles que Ton observe à travers; elles sont donc d'une rareté extrême, et leurs masses sont probablement inférieures à celles des plus petites montagnes de la terre; elles ne peuvent ainsi, par leur rencontre avec elle, y produire aucun effet sensible. Il est très-probable qu elles l'ont plusieurs fois enveloppée sans avoir été aperçues. L'état de l'atmospbère

Page 1