II PRÉFACE
variations des éléments du système planétaire, qui ne se rétablissent qu'après un très-grand nombre de siècles. Au milieu de tous ces changements , nous avons reconnu la constance des moyens mouvements et des distances moyennes des corps de ce système que la nature semble avoir disposé primitivement pour une étemelle durée, par les mêmes vues quelle nous paraît suivre si admirablement sur la terre, pour la conservation des individus et la perpétuité des espèces. Par cela seul que ces mouvements sont dirigés dans le même sens et dans des plans peu différents, les orbes des planètes et des satellites doivent toujours être à peu près circulaires et peu inclinés les uns aux autres. Ainsi, la variation de l'obliquité de Técliptique à Téquateur, renfermée constamment dans d étroites limites, ne produira jamais un printemps perpétuel sur la terre. Nous avons prouvé que fattraction du sphéroïde terrestre, ramenant sans cesse vers son centre l'hémisphère que la lune nous présente^ transporte au mouvement de rotation de ce satellite les grandes variations séculaires de son mouvement de révolution, et dérobe pour toujours l'autre hémisphère à nos regards. Enfin, nous avons démontré sur les mouvements des trois premiers satellites de Jupiter, ce théorème remarquable, savoir, qu'en vertu de leur action muluelle, la longitude moyenne du premier, vu du centre de Jupiter, moins trois fois celle du second, plus deux fois celle du troisième, est exactement et constamment égale à deux angles droits, en sorte qu'ils ne peuvent jamais être à la fois éclipsés. 11 nous reste à considérer particulièrement les perturbations du mouvement des planètes et des comètes autour du soleil, de la lune autour de la terre, et des satellites autour des planètes qu'ils accompagnent. C'est fobjet de la seconde par-
PRÉFACE. m
tie de cet ouvrage spécialement consacrée à la perfection des tables astronomiques.
Les tables ont suivi les progrès de la science qui leur sert de base, et ces progrès ont d'abord été d'une extrême lenteur. Pendant très-longtemps on ne considéra que les mouvements apparents des astres : cet intervalle, dont l'origine se perd dans la plus haute antiquité, et qui fut proprement l'enfance de l'astronomie, comprend les travaux d'Hipparque et de Plolémée, et ceux des Indiens, des Arabes et des Perses. Le système de Ptolémée, qu'ils ont successivement adopté, n'est au fond qu'une manière de représenter les apparences célestes; et, sous ce rapport, il fut utile à la science. Telle est la faiblesse de l'esprit humain, qu'il a souvent besoin de s'aider d'hypothèses pour lier les faits entre eux. En bornant les hypothèses à cet usage, en évitant de leur attribuer une réalité qu'elles n'ont point, et en les rectifiant sans cesse par de nouvelles observations, on parvient enfin aux véritables causes, ou du moins aux lois des phénomènes. L'histoire de la philosophie nous offre plus d'un exemple des avantages que peuvent ainsi procurer les hypothèses, et des erreurs auxquelles on s'expose en les réalisant. Vers le milieu du xvi*' siècle, Copernic, en démêlant dans les apparences les mouvements réels de la terre autour du soleil et sur elle-même, montra sous un nouveau point de vue l'univers, et changea la face de l'astronomie. Un concours inouï de découvertes a rendu mémorable à jamais dans l'histoire des sciences, le siècle suivant, d'ailleurs illustré par tant de chefs-d'œuvre en littérature et dans les beaux-arts. Kepler reconnut les lois du mouvement elliptique des planètes; le télescope trouvé par le plus heureux des hasards, et perfectionné aussitôt par