LIVRE II, ÈHAP. VIII
sentir à le perdre pour quelque temps, en faveur de sa guérison , qui devient certaine par le moyen que je TOUS ai dit, et qui importe à notre commun repos.
Irolde se rendit enfin , et sa charmante épouse avoit Lieu d'être contente de ce qu'elle venoît d'obtenir. Cependant cela ne suflîsoit pas ; il falloit lui dire aussi ce que Prasilde avoit exigé d'elle; cela paroi«soit embarrassant. Elle le lit toutefois le plus délicatement qu'il lui fut possible; et comme elle s'aperçut, à l'émotion qu'il laissa voir sur son visage, qu'il trouvoit la condition un peu dure pour un époux amoureux de sa femme , Thisbine lui dit : Il est nouveau sans doute qu'un mari accepte une semblable condition ; mais songez, mon cher Irolde, qu'au fond votre consentement ne vous engage à rien ; car sitôt que la dame du jardin aura porté sur lui ses regards redoutables, il n'aura plus d'envie de me faire tenir ma promesse. Mais, Madame , répliqua l'époux , si ce que l'on rapporte du jardin et de la danïe fatale est fabuleux ? Cela ne se peut pas, interrompit Thisbine, puisque tous les voyageurs sont d'accord là-dessus. Mais si la chose n'est pas véritable, ni vous ni moi nous ne hasardons rien ; ainsi , dans l'un et l'autre cas, que risquez-vous en accordant à votre ami la satisfaction qu'il demande? Il partira content, et cessera de s'imaginer que je ne cherche qu'à me dé&ire de lui.
Pour abréger ma narration, noble chevalier, poursuivit ta maîtresse de Braodimart,. Irolde fit tout ce que Thisbine souhattoit; et Prasilde, perdant toute la défiance qui pouvoit lui rester qu'on n'agît pas avec lui de bonne foi , sortit de Baie fort satisfait d'avoir obtenu
Boland l'Aoïonreiix. i. il
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un si doux consentement. Ce n'est pas qu'il ne fût sensible au diagrin de quitter sa dame ; mais le prix charmant qu'elle attachoit au service qu'on attendoit de lui, annnoit son courage de telle sorte, qu'il auroit, comme Alcide , entrepris de pénétrer jusqu'aux enfers.