LIVRE II, CHAP. IX
Continuation etjàt de l'histoire de PrasUde et d'Irolde,
Il est à croire, seigneur chevalier, que le beau Prasilde eut plus d'une tenture pendant un voyage aussi long que celui qu'il avoit entrepris ; mais voici seulement ce qui est venu à ma connoissance.
Après avoir traversé le vaste empire de la Perse, sans vouloir s'arrêter à la fameuse ville dlspahan, où étoit alors la cour, il arriva dans tes états du roi de Moussoui. Un jour qu'il marchoit dans une campagne d'une vaste étendue, et remplie des plus beaux arbres que l'on pût voir, il aperçut à quelque distance du grand chemin un château magnifique, b&ti de belles pierres vertes et blanches, aussi polies que le marbre, et situé sur une petite éminence qui régnoit dans la plaine.
Charmé de la structure de ce superbe édifice. Il s'en approcha pour l'admirer de plus près ; il vît au pied de la colline un grand rond d'une eau si claire qu'on y voyoit nager les poissons : ce rond d'eau étoit revêtu tout autour des mêmes pierres que le bâtiment, et entouré des plus beaux arbres du monde ; une partie des branches de ces arbres couvroient les bords du rond d'eau, et formoient le plus délicieux ombrage. Le chevalier descendit pour laisser reposer son cheval fatigué d'une longue traite et de la chaleur du jour; pour mîeuit goûter la fraîcheur d'un si beau lieu , il ôta son casque , essuya la sueur qui lui couvroit le front, se lava le visage et les mains, et rafraîchit d'une eau si pure ses poumons altérés ; il s'assit ensuite au pied d'un de ces
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arbres, pour se reposer lui-même; et, attachant ses regards sur l'eau du rond, il se mit à rêver profondément : il se représenta l'état de ses affaires, la longueur de l'absence à laquelle il se Toyoit condamné , l'incertitude de pouvoir rapporter le rameau dont dépendoit le succès de son amour. Tout cela, joint à ce que son imagination , prompte à seconder les mouvements de sa jalousie, lui peignoit, c'est-à-dire, les plaisirs que goûtoit Irolde entre les bras de Tbisbine, lui serra le cœur, de manière qu'il demeura sans sentiment au pied de l'arbre.
Tandis qu'il étoit dans cette situation, quatre jeunes demoiselles, vêtues d'habits galants, sortirent du château, et tournèrent leurs pas vers le rond d'eau, dans le dessein d'y prendre le frais. Dès qu'elles aperçurent Prasilde étendu sur le gazon comme un homme mort, elles frémirent; et, dans ce premier mouvement d'effroi, elles furent sur le point de s'en retourner au château ; mais un moment après , faisant réflexion qu'elles étoient quatre, et que l'état où elles voyoient cet infortuné voyageur ne leur donnoit pas Heu de craindre quelque chose de sa part , elles demeurèrent. Elles s'approchèrent même du chevalier, et lui trouvant les yeux baignés de larmes, avec un souEQe de respiration, elles connurent qu'il n'étoit qu'évanoui. Il avoit l'air si noble et si engageant, même dans sa foiblesse, qu'il étoit difficile de ne se pas intéresser pour lui.
La principale de ces dames, qui étoit d'une beauté charmante, prit de l'amitié pour lui; et, touchée de compassion de voir un si beau chevalier en péril , faute de secours, s'empressa de lui faire reprendre l'usage
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