‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 107 sur 253 · LIVRE II, CHAP. IX · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAP. IX

de ses sens. Pour s'y emptoyier plus efficacement, elles le portèrent toutes quatre au château , où il fut désarmé et coifché dans un lit aussi ctuninode que magnitîque; à fotv» de l'agiter et de lui faire prendre des liqueurs confortatives, elles lui rendirent le sentiment.

Lorsqu'il ouVrit les jeux, il ne fut pas peu surpris de se trouver dans un lieu si superbe en riclies ameublements, et environné de belles dames qui s'empressoient à Le servir ; il rappeloit en vain dans sa mémoire ce qui pouvoit avoir donné lieu à cette aventure; mais les daines dissipèrent son embarras, en lui apprenant dans quel étal elles l'avoient rencontré sur les bords du rond d'eau : il remercia ces belles personnes dans des termes convenables à leur mérite et à l'importance du sejrvice ; il le fit avec tant de grâce et de politesse, que la diW)e du château en sentit redoubler pour lui son estime et ^on affection. Coinme elle s'aperçut qu'il ne lui restoit plus rien de sa foiUesse passée, elle lui laissa le temps de s'habiUer, et lui envoya des officiers pour lui rendre ce service.

Il s'informa d'eux qui étoit cette charmante dame qui s'intéressott à son sort avec tant de générosité : on lui dit qu'elle senommoit la princesse I)orzé!ide,Glle unique du roi de Moussoul ; qu'après la mort de son père, arrivée depuis peu de temps, elle s'étgit retirée dan? ce château, pendant tasaisaobrûlaiite, tandis que les grands du royaume délibéraient ensemble sur le chtHx de son époux.

Ce rapport étonna le cbevalier , qui craignit que , dans l'ignorance où il avoit été de la qualité de la princesse, il n'eût manqué à quelqu'un des égards qui lui

c,q,t,=..=ïGooglc;

aoo ROLAND L'AMOUREUX,

étoient dus. Aussitôt qu'il fut en état de paroître devant elle, il alla lui en faire des excuses, auxquelles Dorzéïde répondit fort obligeamment. La conversation qu'ils eurent ensuite fut très spirituelle de part et d'autre ;(^lus la princesse découvroit d'agréments dans cet étranger , plus elle s'enflammoit pour lui ; et le feu dont elle brûloit secrètement étinceloit dans, ses yeux. Il n'en étoit pas de même du chevalier ; toujours occupé de sa Thisbioe, il ne songeoit qu'à s'acquitter de sa commission; il voulut bientôt prendre congé de la princesse , sous prétexte que la discrétion l'obligeoit à ne point abuser de ses bontés. Quand Dorzéîde l'entendit parler de son départ, elle perdît toute retenue: elle pâlit , elle soupira ; elle employa les paroles les plus engageantes, pour l'obliger à faire un plus long séjour dans son château: elle répandit même des larmes , et lui offrit jusqu'à sa couronne. Prasilde avoit te visage couvert de confusion de se voir requis d'amour par une belle princesse qu'il ne pouvoit aimer; il lui devoit avk moins des égards; mais la femme d'Irolde le rendoit insensible à toute autre beauté.

S'il eût eu ses armes, il seroit sorti du château surle-champ; aussi les demanda-t-il , et cette demande acheva de désespérer son illustre hôtesse. Elle avoit un dépit mortel de ne pouvoir lui ôter l'impatience qu'il marquoitde la quitter; en6n, craignant de le perdre, elle résolut de s'assurer de sa personne ; elle le fit conduire par quelques-uns de' ses chevaliers dans une chambre bien grillée, où cette amante éperdue ne manqua pas d'aller faire un dernier effort pour attendrir l'ingrat. Ne pouvant le fléchir, elle le fit charger de

L;,q,;,=..=ïGooglc;

Page 1