CHAPITRE m
Du contint d'Asto^he et d'Argail.
Le lendemain le prince Âstolphe, fier de la préférence que le sort lui avoit donnée sur ses concarmits, partit dès la pointe du jour , et prit le chemin de la Scntaine du perron de Merlin, La bonne opinion qu'il avoit de lui-même le remplissoit de confiance, et lui persuadoit qu'il mettroit glorieusement à fin l'aventure. Il étoit un de ceux qui ne se méprisent point; et l'on peut juger par le portrait que nous en fait l'archeTeque Turpin, si son amour-propre étoit mal fondé.
Âstolphe, dit ce prélat, le plus gi-and chroniqueur de son temps, étoit parfaitement beau, magnifique^ courtois et galant. Les dames aimoient sa compagnie , parce qu'il avoit des saillies vives et plaisantes qui le rendoient très agréable dans la conversation. II s'entendoitbien à railler. Il nemanquoit pa5decourage;et5'il paroissoit vain dans ses discours, il savoit du moins les soutenir par ses actions. Il étoit prompt à s'oflrir au pSéril , et c'étoit dommage que sa force ne répondit pas à l'estime qu'il en faisolt. S'il lui arrivoit de tomber de cheval, ce n'étoit jamais sa feute ; il s'en prenoit à son coursier; il s'en faisoit donner un autre sur lequel il se remettoit volontiers, au hasard d'être renversé de nouveau.
Tel qu'on vient de le représenter, le gentil Astolphe, revêtu de riches armes, et plein des plus belles espé-
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