LIV-RE I, CHAP. m
rances, s'avançoit vers la fcmtaine. Il moDtoit un vigoureux coursier, dont le harnois parsemé de léopards * en broderie d'orassortissoit merveilleusement la magnificence de ses aimes, La confiance et la joie étinceloient dans ses yeux; etcommeîlavoit la meilleure intention du monde, il se peignoit déjà le défenseur de la belle inconnue, abattu à ses pieds par l'effort de sa lance. Dès qu'il aperçut les tentes, il sonna de son cor, et fit retentir tout le vallon. Le vaillant frère d'Angélique étoit alors couché sur le bord de la fontaine. Il se releva, voyant que c' étoit un cbevalier qui le défioit au combat; il se revêtit aussitôt de ses armes, sauta légèrement surRabican,etalla au-devant du prince d'Angleterre, le bras muni d'un luisant bouclier. 11 portoit en main cette lance d'or qui devoit être si funeste à tant de guerriers. Ils se saluèrent fort civilement; et après être convenus des conditions du combat arrêtées devant l'empereur en présence d'Angélique , ils prirent tous deux du champ ; et la lance en arrêt poussant leurs chevaux l'un contre l'autre , bien couverts de leurs écus, ils se rencontrèrent furieusement au milieu de la carrière. A . peine le prince anglois fut-il touché de la lance enchantée , qu'il sentit évanouir sa force et sa confiance. Dansquelle surprise se trouva-t-il, lorqu'après une chute assez désagréable, il se vit à terre étendu tout de son long dans la prairie. O fortune ennemie! s'écria-t-il , tu n'as pas voulu que je demeurasse ferme dans les arçons pour me faire perdre cette inci^nparable beauté que tu gardes sans doute pour quelque chevalier païen
^he» léopards tout lea «rnwi d'Angleteire.
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ao ROLAND L'AMOUREUX.
à mon préjudice! Pourquoi m'as-tu fait cette Injure? Âi-je moins de valeur qu'un autre? Il alloit continuer ses plaintes, (piand les géants d'Ârgait vinrent impoliment le faire souvenir que, suivant les conventions, il étoit prisonnier de leur maître, et eux par conséquent chargés de sa garde. Votre maître, leur dit-il, entend trop bien les intérêts de sa gloire, pour vouloir profiter du malheur de son ennemi. Si je suis tombé de cheval , c'est que les sangles de ma selle étoient trop lâches ; sans cela je n'aurois point été abattu. C'est pourquoi j'espère qu'on ne me fera pas l'injustice de me refuser un second combat.
On le lui refusa pourtant, quoique son ennemi pût impunément le lui accorder. Ainsi les géants, parordre d'Argail, menèrent Astolphe sous un des pavillons, où ils eurent soin de le désarmer. Là princesse ne put le voir sans être touchée de son sort. Elle eut pitié de sa jeunesse et de sa beauté ; et jugeant à son air qu'il ne pouvoit être que d'une naissance illustre , elle ordonna, vers la fin de la journée, aux géants de le conduire sur le bord de la fontaine , afin qu'il y pût prendre le frais, leur défendant, sous de rigoureuses peines, de lui faire la moindre violence. Le prince anglois, occupé de sa cHsgrâce , passa la nuit dans cet endroit.
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