‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 110 sur 253 · LIVRE II, CHAP. IX. ao · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAP. IX. ao

aatëllîtea, armes de brigandiiies et de capelines de fer, se tenoient prêts à mettre le feu au bûcher au premier - ordre de leur détestable maître. Le généreux vieillard , au lieu d'être effrayé de ces fuaestes apprêts , faisoit éclater sa fermeté par les instfintes prières qu'il adressoit à sa tille; il la conjuroit de le laisser plutôt périr que de s'abandoniier aux désirs du géant pour lui sauver la vie. Cette dame, qui paroissoit aux créneaux du château, épouvantée du péril que couroit son père, appeloit le ciel et la terre à son secours , et poussoit des cris qui faîsoient juger de l'excès de son désespoir.

A ce spectacle si touchant, le magnanime Prasilde ne put retenir sa colère; il s'avança vers le géant, et lui dit : Monstre , pétri d'injustice et de cruauté , cesse de vouloir attenter à la vie et à l'honneur d'un seigneur respectable; viens recevoir le châtiment de tes crimes. Chétif ver de terre, répondit le géant plein de fureur, tu vas toi-même être écrasé sous mes coups. En achevant ces mots, il se hâta de monter à cheval , et baissa sa grosse lance contre le Persan, qui venoit sur lui de toute la vitesse de son cheval. Le géant étoit si transporté de courroux, que, ne se possédant plus, il faillit d'atteinte; mais Prasilde, qui avoit conservé son jugement, l'atteignit de droit fil, et le renversa rudement sur la poussière. Pendant que , satisfait d'un si heureux commencement, il acheva de fournir sa carrière, le géant eut le temps de se relever; il écumoit de rage, et blasphémoit contre ses dieux d'avoir souffert qu'un seul chevalier lui eût fait cet affront.

Son généreux ennemi, le voyant à pied, descendit pour ne le pas combattre avec avantage; ils commen-

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cèrent un combat si dangereux , qu'il causoit de l'eflroi à tous ceux qui le regardoient. Le géant étoit d'une force prodigieuse, mais la grosseur de ses membres ne lui permettoit pas de se mouvoir aisément , au lieu que Prasilde avoit plus d'haleine et d'adresse; il évitoit par sa légèreté la plupart des coups que le géant lui déchargeoit : le combat avoit déjà duré long-temps, et ils étoient blessés l'un et l'autre en plus d'un endroit, lorsqu'on s'aperçut que le géant , qui l'étoît plus grièvement , s'aflbtbllssoit. Ses coups devenoient plus lents , et son bras mollissoit, soit par lassitude, soit par le sang qu'il avoit perdu. Le chevalier s'en aperçut ; et , renouvelant sa vigueur, il réduisit bientôt son ennemi à ne pouvoir se soutenir. Ce colosse tomba , et sa chute fiit si lourde, que ses plaies s'ouvrirent encore davantage; il en sortit tant de sang, qu'il s'évanouit de foiblesse. Prasilde, dédaignant de l'achever en cet état, fit son premier soin d'aller détacher le vieillard. Ce Imhi homme se jette à ses pieds, les baigne de larmes de joie, et le remercie moins de lui avoir conservé la vie, que d'avoir sauvé l'honneur de sa fille ; le chevalier le releva, et lui fit tout l'accueil que son courage et sa vertu méritoient. Snr ces entrefaîtes, la dame du château, voyant qu'elle n'avoit plus rien à craindre du géant, fit abaisser le pont-levis , et sortit pour venir rendre grâces à son libérateur : ^le se joignit à schi père ; ils étoient tous deux sî toudiés de recoanoiasance , qu'ils ne savoient quel traitement lui faire. Le vieillard , ju* géant qu'après un combat si long et si périlleux, le chevalier, dont on voyoit d'ailleurs le simg couler, avoit besoin de repos, le pressa d'entrer dans le château.

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Prasildey consentit, aprèss'êtreaperçuque les propres soldats du géant, qui le scrvoient moins de gré que de force , l'avoient eux-mêmes acberé.

On visita les plaies du chevalier, qui ne se trouvèrent pas dMtgereuses ; et le soin qu'on en prit te mit en peu de temps sur pied. Comme ses forces achevoient de se rétablir, il demanda un jour au seigneur du château le chemin le plus court pour arriver au jardin des Hespérides. Le vieillard parut surptis de la question, et dit au Persan : Brave chevalier, votre demande me donne heu de penser que vous auriez le dessein de faire le voyage de ce jardin merveilleux; et si celaétoit, je plaindrois le sort que vous voulei vous attirer : ce jardin spacieux est entouré de fortes murailles ; on y entre par quatre portes d'airain qui sont ouvertes en tout temps; tout le thonde y peut entrer aisément; le climat en est débcieux; il y règne un étemel printemps; les prés y sont toujours verts , tes fleurs vives , et les arbres touffus : mais ce qu'il y a de pios admirable dans ce jat^in, c'est l'arbre qu'on appelle l'arbre du trésor; les raneâUx en sont d'or, et portent pourfruit des pommes d'émeraudiK. En quoi donc comnsle Ye dan|;er qu'on y Court? interrompit l'amant de Tbisbine. En quoi? repartit l'Africain ; je vais vous le dire. Une dame phis merveiUeose encore que l'arbre àm trésor s'en est attribué la garde; elle a établi sa demeure an pted de son b-onc; elle est vll'une beauté si éclatante, et sa vue f»t un effet si fruissant sur les cœurs, que quiconque approclie de cette nymphe, ouMie sa vie passée, et n'a plus d'autre occupation que de contempler son beau visage. Chi n'a jamais sa son véritable nom; mats dans

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aoS ROLAND L'AHOUREUX.

le pays od l'appelle communémeot Méduse, à cause

des effets que sa vue dangereuse produit

Ce que vous me racontez est surpreoant , dit Prasîlde ; et cet oubli de soi-mùme est-il l'effet de quelque «harme ou de la beauté de la dame ? On ne sauroit , rép<Hidit le vieillard, l'attribuer à une cause purement naturelle; et c'est tme fatale loi des destinées que vous ne pouvez changer. Après ce que vous venez de me dire, reprit le chevaliw, je ne m'esposerois pas à ce danger, si je ne m'étois pas engagé à rapporter en Perse un rameau de cet arbre merveilleux. Vous savez que l'honneur d'un chevalier lui est plus cher que la vie. Quel parti prendre en cette extrémité ?

Le vieux Africain se mit à rêver; et, sortant tout à coup de sa rêverie : Le cjel, s'écria-t-il , m'ouvre en ce moment une voie que je crois infaillible pour vous tirer heureusement de péril, et vous faire acquérir le rameau d'or; il faut rejeter, sur la nymphe même , l'efïet de sa titale vue : munissez-vous d'un miroir que vous ferez appliquer sur votre bouclier; et, quand vous approcherez de l'arbre, vous vous couvrirez de ce miroir que vous opposerez aux regards de Méduse : aussitôt qu'elle aura vu son beau visage, elle ne se souviendra plus de l'arbre du trésor, qu'elle quittera dès ce moment pour courir après cette image dont elle sera pos: sédée : cassez alors le miroir; la nymphe- ne se vOyaiU plus, se cherchera dans le jardin inutilement, et vous donnera tout le temps d'achever votre entreprise ; mais prenez bien garde que vos yeux ne s'attachent sur Méduse, vous vous perdriez sans retour.

Lorsque le seigneur du château eut cessé de parler,

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