LIVRE II, CHAP. II
l'amant de Thisbine , rempli de joie de l'expédient qu'il venoit d'apprendre pour réussir dans son dessein, se jeta au cou du vieillard, l'appela cent fois son père, et lui dit qu'il payoit avec usure le service qu'il avoit reçu de lui.
Le chevalier persan, se sentant assez fort pour se remettre en chemin, fit appliquer un miroir sur son bouclier, et ne songea plus qu'à partir pour aller au jardin des Hespérides. Le vieillard lui en enseigna le chemin , et lui dit qu'il y arriveroit au bout de cent journées; mais il exigea de lui qu'à son retour il repasseroit par son château. Prasilde lui fit cette promesse, et partit enfin , au grand regret du père et de la fille , qui auroient bien voulu le retenir du moins jusqu'au retour de l'époux futur, qui depuis quelque temps étoit allé à Bizerte offrir ses services au puissant Agramant, roi de l'Afrique, dans la guerre qu'il projetoit contre l'empereur Charles.
On ne sauroit exprimer l'impatience qu'avoit Prasilde de se voir en possession du rameau d'or : il se privoit des douceurs du sommeil pour faire plus de diligence; à peine accordoit^il à son cbeval quelques moments pour paître; enfin il arrive à ce jardin si renommé par toute l'Afrique : il tress^llit de joie d'abord qu'il aperçut une des portes d'airain; et, sans s'arrêter à en considérer la beauté , il entra dans le jardin , qu'il trouva plus délicieux encore que le seigneur du château ne le lui avoit dépeint; il en admiroit les arbres, les fleurs et la verdure. Après avoir marché un jour entier le long d'une grande route j il découvrit de loin l'arbre merveilleux, dont le sommet se perdoit dans les nues.
Roland l'A mourenx. i. 'i
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Cet arbre étoït entouré d'un nombre presque înfînî de personnes qui, à leur air et à leurs vêtements, parotssoient de Dations différentes; il y en avoit de tout âge et de toute profession ; on y voyoit jusqu'à des vieillards et jusqu'à des femmes, que la curiosité ou l'envie d'avoir des branches de cet arbre y avoient attirés : ils s'occupoient tous à contempler le visage de Méduse. Prasilde eut assez de peine à percer toute cette foule : en approchant de l'arbre, il se couvrit soigneusement de son bouclier, qu'il opposa aux regards de la nymphe.
Dès qu'elle se vit dans le miroir, elle s'éltNgna de l'arbre effectivement, et s'avança vers cette belle image qui l'ayoit ctiannée ; Prasilde alors cassa le miroir , et se mit à fuir. Quand Méduse ne se vit plus sur le bouclier, elle commença de courir comme une insensée dans le jardin , cherchant ce qu'elle ne pouvoit plus trouver. Le chevalier, profitant de son éloignement , s'approcha de l'arbre, et de son épée coupa deux branches, l'une pour Thisbine, et l'autre pour en faire présent au sage vieillard à qui il devoit un succès si heureux; il sortit ensuite promptement du jardin, et reprit la route du château ; il s'appeloit alors le chevalier du miroir; mais on ne l'appela plus dans la suite que le chevalier du rameau d'qr.
he seigneur du château et sa fille furent charmés de le revoir : ils avoient toujours été dans l'inquiétude p^idant s(Hii absence; et quand il leur présenta le rameau qu'il leur destînoit, ils parurent beaucoup moins sensibles à la beauté d'un présent si rare, qu'à la joie de pouvoir embrasser leur libérateur. L'amant de la dame du château étoit revenu depuis quelques jours de
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