‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 114 sur 253 · LIVRE II, CHAP. IX. ai · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAP. IX. ai

il seroit inutile d'avoir recours aux remèdes, ii peine me reste-t-il quelques moments à vivre. A ce discours, l'amant sentit troubler ses esprits ; il devint pâle, et se laissa tomber de foiblesse sur un siège qui se trouva derrière lui; il jette sur l'épouse d'Irolde des regards où son désespoir étoit peint, et lui dit d'une voix languissante : Je me croyois leplusheureuxdes hommes, et j'en suis le plus malheureux : cruelle! ajouta- 1- il en élevant la voix; qui vous obligeoit à recourir à cette extrémité?7e vous parois donc bien peu généreux, injuste Thisbine? deviez-vous penser que je pUsse établir mon bonheur sur des bontés désavouées par votre cœur ? ]|^on, non, je suis trop délicat pour exiger de pareilles faveurs; je vous aurois rendu votre parole si vous me l'eussiez demandée ; mais vous avez mieux aimé causer notre perte commune, que de devoir quelque chose à ma générosité : allez. Madame, allez rejoindre ce cher Irolde , qui seul a mérité vos affections; je ne veux point acheter par votre mort la possession de vos cliarmes.

La dameiut touchée de ces paroles, et plus encore de l'excessive douleur à laquelle son amant s'abandonna; elle le quitta tout attendrie, et rejoignit son Irolde, à qui elle eut à peine le temps d'apprendre la générosité de Prasilde : elle pâlit; et, par un effet du breuvage, elle.perdit le sentiment, et se laissa tomber entre les brasde son époux, qui, bien que préparé à ce coup terrible, ne le put supporter courageusement. Attends, chère ombre, s'écria-t-il, je vais te rejoindre; ne crois pas que je puisse te survivre. En prononçant ces mots, il embrasse Thisbine; et, reprochant au poison qu'il a bu son peu de pouvoir sur lui, il attend de sa

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aiti ROLAND L'AMOUREUÏ.

douleur qu'elle en avance l'effet. Ses vœux furent exaucés : un froid imprévu vint glacer ses sens, et it eut la triste satisfaction de tomber sur un lit de repos , avec son épouse chérie.

Tandis qu'ils étoient tous deux dans cet état, Prasilde, enfermé dans sa chambre, faisoit les plaintes les plus touchantes; il défioit la fortune de le rendre plus malheureux ; cependant les mouvements de désespoir qui Tagitoient se calmèrent bientôt : le médecin de qui Thisbine avoit reçu la poudre arriva chez lui, et demanda à lui parler, pour prévenir, dîsoit-il, de grands malheurs, lies domestiques l'introduisirent dans la chambre de leur maître, qui ne fut pas peu étonné quand le docteur lui dit : Seigneur Prasilde, Thisbine est venue me demander du poison ce matin ; comme je l'ai vue toute troublée , et que d'ailleurs je n'ignore pas votre attachement pour elle, j'ai cru devoir vous avertir de prendre garde à vous; je l'ai trompée; la poudre que je lui ai donnée n'est qu'une poudre somnifère qui assoupit les sens pour quelques heuresi

Le chevalier du rameau d'or ne donna pas le temps au médecin d'en dire davantage. Mon cher ami, lui ditil, vous me rendez la vie en m'apprenant cette nouvelle : suivez-moi, je vous en conjure. £n disant cela. Il mena le docteur chez Irolde, qu'ils trouvèrent couché auprès de sa femme, tous deux sans sentiment, et entourés de leurs domestiques, qui fondoient en pleurs. Le médecin, sans perdre de temps, frotta d'essences les tempes, les narines et les lèvres des deux époux, et les tira de leur léthai^ie à force de remèdes.

Mais, noble chevalier, poursuivit Fleur-de-Lys, je

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