‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 120 sur 253 · LIVBE III, CHAP. II · texte numérisé non relu

LIVBE III, CHAP. II

nous îivons laissé remperein- Agrican enfermé. Il avoit beau faire des prodiges de valeur, malgré sa force prodigieuse il ne pouvoit se flatter d'échapper h ses ennemis. Cependant on entendit un grand bruit du côté des portes de la ville; c'étoient lesTartares, qui, sacliant que leur empereur étoit dans la place, avoient donné l'assaut, et s'en étoient rendus maîtres, d'autant plus facilement qu'ils en avoient trouvé les murailles sans défenseurs : tous ceux qui les gardoient les avoient abandonnées pour courir vers Agrican. Les Tartares pilloient , brûloient, saccageoient ; ils passoient tout au fil de t'épée, sans distinction d'âge et de sexe : jamais on n'a vu une semblable désolation. Les vaillants rois Torinde et Sacripant furent obligés de se retirer au châ teau, oit le lâche Trufaldin avoit pris soin de se réfugier de bonne heure avec une partie de ses troupes.

Cette forteresse étoit pourvue de vivres pour quelques m(MS, et l'on ne pouvoit l'emporter d'assaut; mais on pouvoit la réduire par la faim; ce qui obligea la belle Angélique de prendre le parti d'aller chercher du secours pour délivrer ses sujets et sa patrie de l'oppression des Tartares. Elle communiqua son dessein aux rois Sacripant, Torinde et Trufaldin, les conjurant de garder le château jusqu'à son retour, qui seroit le plus prompt qu'il pourroit êlre. Chacun d'eux s'offrit à l'accompagner; mais elle ne le voulut pas souffrir; et cette princesse s'étant fait amener son palefroi, elle monta dessus, partit le soir même au clair de la lune, et, à l'aide de son anneau, traversa tout le camp ennemi sans être vue de personne.

Avant que le soleil se levât, Angélique étoit déjà

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a3o ROLAND L'AMOUBEUX.

éloignée d'Albraque de cinq lieues ; elle se retournoit de temps en temps pour regarder cette ville chérie, et soupiroit de regret de la laisser en proie à ses ennemis. Au bout de plusieurs jours, elle arriva au bord du fleuve où le centaure avoit jelé la belle dame qu'il avoit enlevée à Renaud ; elle y rencontra un vieillard qui cherchoit ou faisoit semblant de chercher des herbes daos la prairie, et qui se plaignoît douloureusement. La princesse lui en demanda le sujet : Hélas! charmante dame, répondit-il, en la regardant attentivement, je suis dans une affliction mortelle : mon fils unique est malade d'une fièvre ardente que tous les remèdes ne peuvent guérir ; j'ai vainement épuisé toute la connoissance que j'ai des simples, et je viens faire un dernier effort pour sa guérison.

Les dames du temps passé , et entre autres les héroïnes de la chevalerie , étoient savantes en médecine et en chirurgie, et c'étoient elles qui pansoient ordinairement les blessures des chevaliers, en reconnoissance des services qu'elles recevoienl d'eux. La princesse du Cathay n'ignoroit la vertu d'aucune plante dont on peut se servir pour guérir les maux; et par charité elle offrit son secours au vieillard. 11 accepta l'offre avec de grands remercîments, et la conduisit à son château, qui n'étoit pas éloigné de là.

Ce vieillard étoit un traître qui , par divers artifices,, attirait chez lui toutes les dames qu'il rencontroit, et qu'il pouvoit tromper ; c'étoit pour en faire un traBc : il les vendoit au roi d'Altîn, qui les lui payoit suivant leur beauté. II en avoit alors plus de vingt, au nombre desquelles étoit Fleur-de-Lys. Cette belle dame n'avoit

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