LIVRE Ht, CHAP. II. a3l
pas péri dans leQeuve; elle savoit nager parfaitement ; elle s'étoit abandonnée au courant, qui l'avoît emportée jusqu'au château du vieillard, oit on laretenoit. Quand la princesse du Cathay parut devant les datnes qui y étoient renfermées, et qui s'entretenoient ensemble de leurs infortunes, elles l'environnèrent pour Tadmirer, en déclamant contre la perfidie du vieillard, qui préparoît un indigne sort à une personne si parfaite.
Elles se racontèrent l'une à l'autt^ de quels artîBcss ce traître s'étoit servi pour les surprendre; et celle qui paroissoit la plus inconsolable, c'étoit la maîtresse de Brandimart. La fille de Galafron , par une secrète sympatbie qu'elle se sentit pour cette dame, s'intéressant plus à son sort qu'à celui des autres , s'informa des cir< constances de son malheur; à quoi Fleur-de-Lys satisfit, en lui appr^iant la perte de son amant, et de quelle manière il étoit enchanté dans le château de Dragon- Une, avec la fleur de tous les guerriers du monde, le comte Roland et les autres chevaliers. Sur la fin de son récit, la porte du château vînt à s'ouvrir; c'étoit pour donner entrée aux gens de guerre du royaume d'Altin, qui venoient quérir les dames que le vieillard leur devoit livrer.
Angélique prit ce temps pour sortir par la vertu de son anneau, qui la rendit invisible. Ce que Fleur-de- ■' Lys venoit de lui dire lui fit prendre le dessein d'aller délivrer les fameux guerriers que Dragontine tenoit enchantés, les regardant comme un puissant secours. Dans cette résolution, elle marcha jour et nuit, et arriva enfin au fleuve de l'Oubh : elle mit dans sa bouche sa baguei. enchantée , et entra dans le château sans être vue de la.
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232 ROLAND L'AMOUBEUX.
magicienne. Le comte d'Angers étoit ce jour-là de garde avec le vaillant Hubert du I-ion ; le roi Adrian et Grifon le Blanc discouroient ensemble, dans le salon, sur les causes et les efîets de l'amour; Aquilant le Koir et Clarion chantoient une chanson, l'un faisoit le dessus, l'autre la taille; et Brandimart, qui arriva, se mit aussi du concert, en faisant ta haute-contre ; mais le roi Balan s'entretenoit de guerre et de combats avec Antifort de la Blanche-Russie.
La princesse reconnut Roland à cet air noble et grand qui le dîstinguoit de tous les autres; elle s'approcha de lui, et lui mit au doigt son anneau, pour dissiper son enchantement. Ce prince se reconnut aussitôt, et reconnut aussi la belle Angélique, qui le tenoit dans un oubli de lui-même encore plus grand que celui dont il venoitde sortir, et qu'aucune bague constellée ne pouvoit détruire. Transporté d'amour et de joie , il se jette aux pie3s de la souveraine de ses pensées pour lui témoigner toute sa passion. I^ dame, profitant de la conjoncture, loi apprit comment Dragontine l'avoit privé de sa raison; qu'elle venoit la lui faire reprendre, et implorer son assistance contre l'empereur Agrican , qui ravageoit ses états, et vouloit la forcer de se donner à lui. Il n'en falloît pas davantage pour enflammer le courroux du comte d'Angers contre cet orgueilleux rival : aussi assura-t-il la princesse qu'il la défendroit contre tous ceux qui voudroient la contraindre.
Après cette assurance , Angélique lui confia sa bague, et lui enseigna la manière dont il devoit s'en servir pour désenchanter ses compagnons; le paladin, étant au fait, prit au collet Hubert du TJon, et lui mit an
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