CHAPITRE III
Retour- djingélique h Albraque , et quel changement elle jr trouva.
La fille de Galafron, après avoir rendu un si grand service à ces princes , leur fit la même prière qu'elle avoit faite à Roland. Elle les instruisit de tout ce qui se passoit, et tous ces guerriers l'assurèrent que pour servir une si belle dame, et sous la conduite du fameux comte d'Angers , ils étoient capables de tout entreprendre.
Ils se mirent tous en marche ; ta princesse les condui.
soit par le chemin le plus court; ils arrivèrent enfiu sur une petite montagne, d'où l'on découvroit la ville d'Albraque et la plaine des environs. Quand Angélique eut aperçu de dessus la hauteur tant de soldats et de tentes autour de cette ville, elle en fut efTrayée, et .désespéra de pouvoir introduire ses défenseurs dans le château. Elle leur avoua sa crainte; mais ils la rassurèrent, et s'offrirent à l'y faire entrer elle-même de vive force ; elle n'y voulut pas consentir : elle leur dit que sa personne ne feroit que les embarrasser, qu'elle sauroît bien toute seule s'introduire dans la forteresse ; qu'ils ne se missent point en peine d'elle : qu'ils tâchas-' sent seulement de pénétrer jusqu'à la porte du château , et qu'elle auroit soin de la leur faire ouvrir. Tous ces guerriers ne pouvoieiitse résoudre à laisser la princesse seule; mais elle leur témoigna si fortement qu'elle le souhaitoit , qu'ils furent obligés de se conformer à ses volontés. Roland toutefois n'y voulut consL-ntir qu'à condition, si elle avoit le malheur de tomber entre les mains des Tartares, qu'elle le lui feroit savoir; elle le lui promit; et de son côté le paladin jura que si cela arrivoit, il iroit l'arracher de la tente même d'Agrican. Angélique quitta donc ses conducteurs , et, traversant le camp tartare sans être vue , elle se rendit en peu de temps au haut du rocher. Lorsqu'elle fut à la porte du château , elle se rendit visible. On courut avertir Tru- Ëildin, qui vint recevoir lui-même la princesse ; ce lâche roi du Zagathay s'étoit rendu maître ducliâteau après le départ d'Angélique : il avoit cru , par cette démarche , se mettre en état de faire sa condition meilleure avec Agrican, qu'il craignoit ; il s'en étoit emparé sans peine^
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parce que les rois Torinde et Sacripant étoient (}angereusement blessés, et que ses sujets faisoient la plus grande partie de la garnison. G>inme il savoit que ces deux princes généreux n'approuveraient pas sa résolution, il les avoit fait prendre dans leur lit, et enfermer dans le fond d'une tour; ensuite il avoit envoyé un de ses afCidés à l'empereur tartare pour lui proposer de lui livrer la forteresse avec les rois Torinde et Sacripant, s'il vouloit lui accorder son amitié. Agrican avoit frémi à cette proposition ; et ayant su du messager que la princesse étoit sortie du château pdur aller chercher du secours, il lui avoit répondu avec colère : Quelle est donc l'audace de votre maître, d'oser dbposerd'un bien dont on lui a confié la garde? Ah! ne plaise à mes dieux qu'il me soit reproché que je dois mes victoires à un traître ! dites à Trufaldin que sa perfidie me fait horreur, qu'il est indigne de porter le bandeau royal; et que, pour venger la gloire de tous les rois, qu'il fait rougir par cette trahison , je te ferai pendre aux créneaux du château avec tous ceux qui se trouveront complices de cet iufânie complot. Le messager, effrayé de ces menaces, étoit revenu en tremblant appreodre à TruËildin le mauvais succès de sa mission.
Toutes ces choses s'étoient passées dans la forteresse pendant l'absence d'AngéUque, qui fut vivement touchée quand elle apprit l'indigne traitement qui avoit été fait à Torinde et à Sacripant. Elle accabla Trufaldin de reproches; mais, bien loin de i-elâcher ces deux illustres [H'i&onniers, il dit insolemment à la princesse qu'elle seroil trop heureuse s'il ne se portoit pas aux m^mes extrémités à son égard.
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a36 ROLAND L'AMOUREUX.
Pendant ce temps-là , le comte d'Angers et ses com* pagnoDs se disposoîent à livrer un terrible assaut aux: Tartares. Roland et Brandimart se mirent à la tête de leur petite troupe ; les rois Balan et Âdrian, Hubert du Lion et Clarion les suivoient, et les deux fils du marquis Olivier faisoient l'arrière-garde avec Antifort de la Btanche-Russie. Quoique leurs ennemis fussent inBnis en nombre, le paladin Roland ne crut pas devoir les attaquer, sans les avoir déBés auparavant. Au son brillant de son cor, tout le camp tartare fut en rumeur, les plus intrépides chefs'en frémirent.
Les neuf chevaliers forcèrent d'abord la barrière du camp; ils passèrent sur le ventre de tous ceux qui en «voient la garde , et renversèrent de même ceux qui étoienl postés pour les soutenir. Cinq ou six escadrons tartares se formèrent à la hâte pour courir sur ces assaillants, qui les mirent en désordre. Roland et Brandimart ne laissoient presque personne derrière eux qui fût en état de résister à leurs compagnons; ils faisoient un étrange carnage; des ruisseaux de sang couloîent sous leurs pas; ils avoient déjà percé plus de la moitié du camp , et mis la confusion partout, lorsque les chefs vinrent au secours de leurs gens. Le démesuré Rbadamante s'élevoit au-dessus des autres; c'étoit lui qui avoit emporté dans ses brasle prince Astolphe; ce fort géant baissa sa lance contre le roi Balan, et le choqua si furieusement, qu'il le jeta parterre. Le courageux Grifon, qui suivoit , arrêta Rhadamante ; il commencèrent un combat fort vif et fort dangereux, ce qui donna le temps au roi Balan de se relever. Il se porta fort vaillamment contre tous ceux qui l'entouroient pour le-
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