LIVRE m, CHAP. III
prendre; mats il ne pouvoit remontera cheval, assailli comme il l'étoil de tous côtés. Le fier Santarie alla rencontrer de sa lance Antifortde la Blanche-Russie , mais il ne put l'ébranler. Le vaillant Brandîmart, ayant devant les yeux les exploits étonnants du comte d'Angers , faisoit, à son exemple, des choses merveilleuses : ses armes étoient toutes rouges du sang des Tartares, et les coups d'épée qu'il déchargeoit fendoient i'uu jusqu'aux dents, et l'autre jusqu'à la ceinture. Le géant Argante poussa son grand cheval sur lui pour l'accabler; mais Brandimart résista au choc, quelque impétueux qu'il fût, el fit courir autant de péril k l'orgueilleux Argante qu'il en couroit lui-même. Les grands coups qu'ils se portoient ne se pouvoient égaler que par ceux que se donnoient, assez près d'eux, l'empereur Agrican et te comte d'Angers ; ces deux insignes guerriers s'étoient acharnés l'un sur l'autre; le Tartare étoit monté sur Bayard, et couvroit sa superbe tâte d'un armet enchanté, l'autre étoit féé par tout le corps; leur combat inspiroit de la frayeur à tous ceux qui le regardoient ; et l'on ne remarquoit encore aucun avantage entre les deux combattants, lorsqu'une foule de Tvtares, qui se renversèrent sur eux, les obligea de se séparer.
Les braves Aquilant, Hubert du Lion, Adrian, Antifort et Clarion signaloient aussi leur valeur d'une manière fatale aux assiégeants; néanmoins, quelque carnage que les neuf guerriers fissent, des ennemis sans cesse renaissants s'offroient à leurs coups ; il sembloit que l'enfer rendît à la terre les combattants dont te cruel acier tranchoit les jours- B«la»d toutefois et ses
.,Googk'
a3S ROLAND L'AMOUREUX,
compagnons s'ouvrirent un passage, et percèreut jus* qu'à la ville; ils en trouvèrent les portes ouvertes, parce que les Tartares en étoient les maîtres, et qu'ils ne croyoient pas avoir quelque chose à craindre, après avoir défait tes Circassiens. Ces princes n'ëtoient plus que sept lorsqu'ils entrèrent dans Albraque ; ils avoient été obligés d'abandonner le roi Balan et Antifort, que les rois Saritron, Uldan, Polifeme et Santarie avoient «ntourés et abattus. Ils traversèrent donc la ville sans résistance, et parvinrent au pied du rocher, qu'ils montèrent avec assez de peine en suivant un sentier qu'ils Toyoient frayé dans le roc, et qui alloit en tournant jusqu'aux portes du château ; ils descendirent de leurs chevaux, et le comte d'Angers appela la garde.
Tnifaldin parut alors aux créneaux , et demanda au paladin ce qu'il vouloit; le comte répondit qu'il étoit des chevaliers d'Angélique, et qu'il le prioit de recevoir l'ordre de cette princesse pour le faire entrer; le roi du Zagatliaj répliqua brusquement que lui seul étoit maître dans le château, qu'Angélique n'y avoit aucun pouToir; et que s'il ne se retiroit, il alloit le faire peroer de mille flèches, lui et ses comjtagnons. Roland , étonné de cette réponse , en cherchoit la cause eu lui-même , lorsque la fille de Galafron parut à côté de Tnifaldin. Dès qu'elle reconnut le comte, un mouvement de joie se Bt remarquer sur son visage ; elle espéra que son arrivée procureroit la liberté aux rois Torinde et Sacripant. Dans cette pensée, elle s'abaissa jusqu'à supplier Tnifaldin de faire ouvrir à ces braves chevahers qui venoient à son secours ; mais ce lâche prince eut la cruauté île n'y point consentir. I^e comte,
C,q,t,=..=ïG00g[C