CHAPITRE VI
Renaud et Fleur-de-Lys apprennent des nouvelles d'Albraque.
Les trois chevaliers et la dame arrivèrent à un petit village oii on leur donna le couvert et à souper; ils se tinrent sur leurs gardes toute la nuit, car ils avoient lieu d'appréliender que Falerine , sur la nouvelle qu'elle devoit avoir eue du massacre de ses soldats, n'en fît chercher les auteurs; cependant ils ne virent point paroUre d'ennemis, et ils partirent à la pointe du jour. Le guerrier françois demanda le chemin du jardin mer-
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356 ROLAND L'AHOUREUX.
veilleux, pour en aller détruire les enchantements; mais Fleur-de-Lys le détourna de ce dessein, en lui représentantrétatoiisetrouvoitle comte d'Angers, son cousin, f^enaud se laissa donc persuader.
Ils marchèrent plusieurs jours de suite, et arrivèrent enfin au lieu -où devoit être le fleuve de TOubli. La tendre amante de Brandimart ne témoigna pas peu de surprise de ne plus voir le fleuve, le château, le pont, ni le verger. Tandis qu'elle cherchoit des yeux avec inquiétude ce qu'elle ne pouvoit retrouver, il passa près d'eux, un homme à cheval qui piquoit à toute bride. Ils l'arrêtèrent; et comme il paroissoit tout effrayé, ils lui demandèrent te sujet de sa peur : au lieu de leur répondre, il ne faisoit que regarder derrière lui, comme un homme qui craint d'être poursuivi. Le paladin voulut le rassurer, en lui disant qu'il ne paroissoit personne,^ qu'en tout cas il voyoit trois chevaliers qui prendroient sa défens«t contre ceux qui. voudroient lui nuire. Ces paroles ne dissipèrent qu'une partie de sa crainte. Seigneurs chevaliers, leur dit-il d'une voix tremblante, maudit soit l'amour du roi Agrican qui a déjà coûté la Vie à tant de milliers d'hommes; j'étois du nombre des Tartares qui faisoient le siège d'Atbraque; il est arrivé au secours de cette forteresse neuf chevaliers qui ont fait un carnage épouvantable des assiégeants. Parmi ces braves chevaliers, îl y en a un qui a des armes blanches , et un autre des armes noires; mais j'ai principalement remarqué un guerrier de haute apparence qui a fait des prodiges de valeur et de force; je lui ai vu couper d'un seul coup la tête et le bras de Brontin, fendre d'un autre coup le vaillant Santarie jusqu'à la ceinture, fra-