‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 150 sur 253 · LIVRE III, CHAP. XII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. XII

Le comte opposa Durandal et son bouclier au dragon, qui venoit fondre sur lui les ailes étendues. Le bouclier résista au choc de l'animal, qui le prit entre ses griffes, et le mit en pièces. Koland lui déchargea sur la tête deux ou trois coups d'épée , sans pouvoir entamer les écailles qui la couvroient. Le dragon le choquoit impétueusement de sa corne, et luidardoitsa langue à trois pointes contre la peau, qu'il ne pouvoit percer à la vérité , mais il la brûlolt de ses feux. Roland en souffroit beaucoup. Les plumes qui ombrageoient son casque en furent consumées ; néanmoins, suivant l'avis du livre, comme il vit que le monstre s'avançoit sur lui pour l'engloutir, il se hasarda de lui fourrer le bras et l'épée jusqu'à la garde dans sa gueule béante, au travers des flammes qui en sortoient ; ce qu'il fit avec tant de force et de bonheur, que Durandal, traversant le gc6ier du dragon, alla lui percer le cœur. Malheureusement son bras et sa main en furent tout brûlés; et, ce qui afilîgeoit davantage le comte, c'est qu'il ne se sentoit plus en état de s'en servir : il fut même obligé de laisser tçmber son épée , ne pouvant plus la tenir. Il en parut inconsolable; mais la demoiselle, qui l'avoit engagé dans cette entreprise, lui enseigna le moyen de se guérir sur-le-champ. Noble chevalier, lui dit-elle , lavez votre bras dans le sang du dragon. Roland la crut, et son bras devint aussi sain et aussi vigoureux qu'auparavant.

£nsuite il coupa la tête du monstre, il en arracha

toutes les dents; et, après avoir fait autant de trous

dans la terre avec sou épée. Il les y sema. On vit dans

le moment pousser cette semence. Il parut d'abord des

RolaDd l'A.

c,q,t,=..=ïGooglc;

3t»o ROLAND L'AHOUREUX.

plumes, puis des casques, des cuirasses, et enfin des corps tout armés d'un a<ner poli. Tout cela s*élevoit à vue d'cnl, et il se formoit des guerriers d'une contenance fière et martiale. II en parut un si grand nombre^ qu'un autre que le comte en eût pâli d'effroi. I) y avoit des gens de pied et de cheval; et parmi ces derniers, on remerquoit des trompettes, des lances et des bannières. Lorsqu'ils furent tous rassemblés, la terre dont ils étoient sortis se referma. Les chevaliers se mirent à k tête ; et, la lance en arrêt, marchèrent contre le paladin , en ciuant d'une voix terrible : Guerre ! guerre ! Le vaillant fils de Milon ne perdit point de temps, sauta sur Bayard sans mettre le pied à l'étrier, et se mit en état de soutenir l'attaque cjue ces fiers enfants de la terre venoient lui livrer. Le voilà donc aux mains avec ces malheureux guerriers qui deVoient mourir le jour mSme de leur naissance. Bayard les éftrasoit de ses pieds, et Durandal fendoit bouclïera, casques et cuirasses, ctnnme les matières les plus fragiles. Enfin Roland mit à mort toute cette petite armée; et, à mesure qu'ils tomboient sous ses coups, la terre, leur mère, s'ouvrait pour les recevwr dans ce méaw sein qui venoit de les produire.

L;,q,;,=..=ïG00gk'

Page 1