LIVRE m, CHAR XIV
le perfide roï Trufalditi. Dites-lear que s'ils refusent de satisfaire.à unesï juste demande, nous protestons de ne point lever le &iége que nous n'ayons détruit et rasé jusqu'aux fondements la ville et la forteresse.
Tandis que le fils d'Aymon parloit, le prince anglob, qui l'examinoitattentivement, le reconnut, et sefit codnoitre aussi. Après qu'ils se furent témoigné de part et d'autre la joie qu'ils avoient de se revoir, Âstolphe demanda au seigneur de Montauban s'il vouloit entrer dans la place, afin qu'ils eussent le plaisir de s'embrasser et de se parler sans être entendus. I^e prince d'Angleterre sortît aussitôt, et Renaud, après mille caresses mutuelles, lui demanda par quelle aventure il se trouvoit si éloigné deJa cour de France : à quoi l'autre répondit en peu de mots, en attendant un détail plus circonstancié. Le fils d'Aymon lui raconta , de son côté, tout ce qui lui étoit arrivé depuis leur séparation, et 'finit en lui disant qu'il venoit pour garder son serment, et venger la mort d'Âlbarose.
Je. suis fâché, lui dit alors Astolphe, que les principaux guerriers d'Angélique se soient engagés à défendre Trufaldin. Renaud demanda si le comte d'Angers étoit de ce nombre? Oui, répondit le prince d'Angleterre; mais il n'est point encore rentré dans la ville. On ne sait ce qu'il est devenu depuis la bataille qui s'est donnée contre les Tartares. Et vous, répliqua le fils d'Ay- ' ' mon, êtes-vous aussi de ceux qui ont entrepris la défense du roi du Zagathay^Nion, repartit Astolphe; et, comme ceux qui ont juré de défendre ce monarque sont en grand nombre, je ne crois pas que la princesse au service de qui je me suis dévoué veuille exiger de
agS ROLAND L'AMOUREUX.
moi que j'emploie mon épée pour cet iridigne prince. Si cela étoit, je vous avoue que je ne le ferais qu'à regret.
Les deux paladins s'entretinrent encore quelque temps; après quoi Renaud pressa son cousin d'aller demander k Galafron une réponse à sa déclaration. L' Anglob, qui vouloit engager le fils d'Ajmon à voir Angélique, lui proposa d'entrer dans la place, pour faire son défi lui-même; mais Renaud, qui craignoit autant la vue de cette princesse qu'elle souhâitoit la sienne, ne put jamais s'y résoudre. Il répondit qu'il sufSsoit ^'it sût par sa bouche la réponse du roi du Cathay. Astolphe, voyant !e seigneur de Montauban très ferme dahs sa résolution, lui dit d'attendre, et le quitta pour aller trouver Galafron; mais avant que de parler à ce monarque , il courut chercher Angélique. Elle fut agréa- Mement surprise d'apprendre que son cher Renaud étoit si près d'elle; et se ressouvenant que Mau^s lui âvoit promis, à la Roche-Cruelle, de lui envoyer au Cathay cet objet si chéri , elle fut sensible à ce service. Comme elle apprit du prince anglois que le fils d'Aymon étoit encore plus animé que le roi Torinde contre Trufaldin, et que c'étoit lui que son père avoit pris pour le meurtrier d'Argail , elle jugea qu'il étoit de son intérêt de ne pas détromper GaUfron. Si le roi, disoitelle, est désabusé, il perdra tout ressentiment contre , Renaud; et, pour se délivrer d'un uége qui ne se fait plus qu'au sujet de Trutaldin , il livrera ce traître à ses ennemis; et le prince de Montauban, après avoir consommé sa vengeance, se hâtera de quitter ce pays, que ma présence lui rend odieux.
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