LIVRE III, CHAP. 3tIV
La princesse pria donc Astolphe de laisser Galafron dans soa erreur. Le paladin le )ui promit; et lorsqu'il rapporta au roi du Catliay la déclaration du seigneur de Montauban, il souff'rit qu'Ang^ique ajoutât que le chevalier qui portoit la parole , de la paît de Marphise et de ses alliés, étoit, selon tsutes les apparences, le vainqueur d'Argail. Elle irrita par ce moyen la' haine que son père avoit.déjà pour Renaud. Ce vieux roi n'écouta que son ressentiment, et prit la résolution de ne point livrer Trufaldin. Il assembla ceux qui avoîent juré de défendre ce monarque , et leur dit avec beaucoup de vivacité : Braves guerriers, sna-t-il dit que nous abandonnerons à la fureur de ses ennemis un roi qui le premier de tous a embrassé notre défense contre les Tartares ? Ah ! qu'il ne nous soit point reproché que la crainte d'un siège nous ait fait commettre une action si lâche; allons, courons plutôt attaquer ceux qui veulent nous forcer d'être des ingrats.
Il se tut à ces mots, pour entendre ce qu'ils lui répondroient; et ils ne manquèrent pas de l'assurer tous qu'ils défendroient avec ardeur le roi Trufaldin, ainsi qu'ils t'avoient juré à la princesse. Ensuite Antifort et Hubert du Lion fuMtnt notnmés.pour aller porter cette , réponse à celui qui l'attendoit. Astolphe les y conduisit. Les deux chevaliers d' Angélique s'acquittèrent de leur commission d'une manière qui surprit le fils d'Aymon. Il ne pouvoit comprendre comment des coeurs nobles se rendoient protecteurs du crime. Il leur demanda s'ils ignoroient les trahisons du prince dont ils se rendoient l'appui. Ils répondirent que non, mais qu'il leur suffi" soit qu'ils fussent engagés d'honneur à le défendre.
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3oo ROLAND L'AMOUREUX.
Quiconque, reprit Renaud, ne punit point un traître lorsqu'il le peut, est coupable lui-même de la trahison qu'il soutient ou qu'il tolère... C'est une question que nous laissons à décider aus docteurs, interrompit Hubert du Lion; pour nous, nous ne savons décider que le fer à la main. Il faudra donc s'y résoudre, interrompit à son tour le seigneur de Montauban, un peu piqué de cette réponse, et nous ne serons peut-être pas moins propres que vous à cette sorte de décision. Je le veux croire , dit alors Antifort , mais vous y aurez vousmême plus d'affaire que-vous ne pensez, puisque vous aurez cette question à discuter avec le 'comte d'Angers lui-même.
Il me sera sensible , je l'avoue, répliqua le fils d'Aymon, de voir la valeur de ce grand guerrier indignement occupée à la défense' d'un perfide; mais, quelque éclatante que soit cette valeur, eUfi ne m'empécbera pas d'entreprendre la punition d'un monstre qui n'est connu que par mille cruautés. Le ciel veut enfin qu'il périsse, et peut-être m'a-t-il cboisi pour être le ministre de ses vengeances. Renaud adieva ces dernières paroles ccnnme par un mouvement inspiré d'en haut, qui te . fit parottre en ce moment quelque chose de plus qu'un homme.
Ces guerriers réglèrent ensuite les conditions du combat. Il fut décidé qu'il y auroit une trêve entre les deux partis , et que le lendemain , dès le lever de l'aurore, les défenseurs de Trufaldin amèneraient ce roi dans le camp de la reine persanne , pour être le spectateur et le prix du combat. Après cette convention, Antifort et Hubert du Lion rentrèrent dans Albraque,
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