LIVRE III, CHAP. XVI. 3o
Angélique fut satisfaite de la réponse de Roland ; et , pour l'animer encore davantage , elle l'assura que ses yeux seroient témoins de tous les hauts faits d'armes qu'il feroit pour la défendre et pour lacquérir. Quel effet ne produisît point une espérance si charmante sur lé cœur de l'amoureux paladin! Elle étoit capable de lui faire entreprendre la conquête de toute la terre. Après avoir quitté la belle Angélique , il rencontra ses deux neveux, qui lui apprirent que Renaud-étoit devant Albraque. A cette nouvelle, le comte changea de, couleur; la jalousie s'empara de son âme : Eh ! que vient-il faire ici, dit-il aux 61s d'Olivier? Il paroît un des plus ardents à poursuivre ta mort de Trufaldin , répondit Aquilant. C'est tout ce que nous en savons. Alt ! je ne sais que trop, moi, interrompit RjoLand d'un ton animé, quel motif l'attire au Cathay; mais qu'il ne s'attende pas que je souffre tranquillement qu'il vienne traverser mon amour.
Le fils de Milon n'en dit pas davantage; il quitta les deux frères; et, comme il étoit déjà tard, il alla se renfermer dans sa chambre, oîi il se jeta sur son lit; mais il ne put dormir de toute la nuit, tant il avoitde peine à calmer ses transports jaloux. 11 trouvoit que le soleil tardoit trop long-temps à ramener le jour, car il brùloit d'impatience de combattre contre Marphise, pour en venir ensuite aux mains avec un audacieux rival qu'il vouloit obliger par la force des armes à renoncer à la conquête d'Angélique, je ne puis douter , disoit-il en lui-même, qu'il ne soit venu au Cathay, comme moi, pour chercher la fille de Galafron. Je me souviens qu'il étoit plus ardent qu'un autre à vouloir
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3lo ROLAND L'AMOUREUX,
combattre pour sa possession contre le prince Argail. Auroit'il changé de sentiment ? Ah ! cela n'est pas possible! Cependant, ajoutoit-il en se reprenant, s'il aimoit encore la princesse, seroit-it dans le parti de Marphise, et poursuivroit-il avec tant d'animosité la mort de Trufaldîn, que Galafron protège? Roland, agité de ces divers mouvements, ne savoit que penser de l'arrivée de Renaud ; et il se proposa de s'éclaircir le jour suivant d'une chose si importante pour son repos.
D'un autre coté, les paladins Astolphe et le fils d'Aymon étoient dans une occupation bien différente. Us s'entretenoient ensemble d'Angélique. Le prince d'Angleterre, étonné de voir son cousin prévenu contre ta plus fameuse beauté du monde, lui en demanda la raison. Je l'ignore moi-même, lui dit Renaud , et je n'en suis pas moins surpris que vous. Lorsque cette princesse parut à la courdeFrance,je fus ébloui comme les autres de l'éclat de ses charmes, et je brûlai d'un ardent désir de la posséder. Cependant, vous le dlrai-je, dans le même temps que je vote après elle pour lui déclarer mon amour, je sens tout à coup s'éteindre en moi cette ardeur qui m'enflammoit, et la plus vive aversion succéder à ma tendresse. Ce n'est pas tout : Angélique m'a retiré d'un péril où j'aurois indubitablement perdu la vie sans son secours, et je paje ce service de la plus grande ingratitude. Je vois toute mon injustice ; mais il n'est pas en mon pouvoir de changer les mouvements de mon cœur. Plaignez -moi donc , mon cher Astolphe , et ne me reprochez plus un crime involontaire. L'Anglois, désespérant de vaincre
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