‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 162 sur 253 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Second combat au sujet de Trufaldin.

Le jour suivant, dès que l'aurore parut , les guerriers d'Albraque sortirent de la forteresse. Le comte d'Angers marchoit à leur tête entre les deux fils d'Olivier. GalafroD et sa fille les suivoient avec la belle Fleui--de- Lys et Sacripant, pour être spectateurs du combat. Le vieux roi du Catbay eut soin de faire conduire Trufaldin. Sacripant, qui n'aimoit pas ce traître, secliargea de veiller sur lui.

Sitôt que Marpiiise et les princes de son parti aperçurent les guerrieirs d'Angélique, ils allèrent au-devant d'eux; mais ils s'arrêtèrent à moitié chemin pour les attendre. L'on, avott fait de profonds fossés autour d'un grand champ qui devoit être le lieu du combat : on ne se contenta pas de cette précaution \ on prit toutes les mesures nécessaires pour s'assurer de la personne de Trufaldin. Il fut arrêté qu'aucun chevalier ne prendroit La défense de ce roi , hors ceux qui avoient fait serment de le défendre. Après cela, l'on ne songea plus de part et d'autre qu'à combattre.

Le comte d'Angers , pour tenir parole à sa princesse , s'approcha de la reine persanne; il s'inclina profondément sut' l'arçon de la selle, et lui dit avec respect :

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3i3 ROLAND L'AMOUBEUX.

Grande reine, vous voyez devant vous le comte Roland. Je me suis dévoué au service de la princesse Angélique; et comme vous avez juré sa perte, aussi-bien que celle du roi Trufaldin, que j'ai promis de défendre contre tousses ennemis, je ne puis manquer d'attirer sur moi votre courroux. J'avoue à votre majesté que c'est avec une peine extrême que je me vois forcé de faire tomber mes coups sur une personne de votre sexe, et surtout sur une princesse dont j'admire avec tout l'univers le courage et les vertus ; mais l'honneur et mes serments m'en font une loi. D'ailleurs, si je puis échapper de vos vaillantes mains, cela sera plus gloneux pour moi que toutes les victoires que j'ai remportées dans le cours de mes aventures, et que la mort même d'Agrican,

A ces dernières paroles du paladin, il s'éleva un murmure confus parmi tes Tartares et tes Carismiens qui les entendirent. Les rois Torinde, Uldan et Saritron furent près d'éclater ; mais la présence de la reine les en empêcha, et ils attendoient avec impatience la réponse que cette princesse feroît à Roland. Voici ce qu'elle lui répondît : Fameux comte, le bruit de tes exploits glorieux m'avoit remplie d'un désir violent de te voir, et plus encore de m'éprouver contre toi. Je loue le ciel de t'avoir rencontré; mais en trouvant un guerrier digne de ma valeur, je vois à regret que ton courage «se consacre indignement à la défense d'un traître et de la princesse qui te protège; prépare-toi à te défendre toi-même, et prends garde à mes coups.

A ces mots , la guerrière prît sa lance , et s'éloigna pour revenir fondre sur le comte, qui, de son côté, fit

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