LIVRE ill, CHAI'. XVIII. Sig
ces deux chevaliers se battoient depuis long-temps sans avantage, lorsque Renaud, d'un coup de Flamberge, St plier la superbe tête de Roland. Ce dernier , pour s'en venger, déchargea sur le casque de Membrîn un coup de Durandal si pesant, que le Bis d'Aymon en perdit connoissance. Le comte atloit redoubler, si Sayard, qui voulut sauver Renaud, n'eût reculé; de sorte que Roland, voyant qu'il ne pouvoit manier à sa volonté ce raisonnable animal, piqua vers Brandimart avec lequel il changea de cheval. Son cousin reprit ses esprits. pendant ce temps-la, et i-evint sur lui en poussant Rabican avec tant d'impétuosité, qu'il pensa renverser Rridedor. Ces deux incomparables guerriers, animés d'une fureur nouvelle , en vinrent aux mains , et Durandal une seconde fois priva de sentiment Renaud, qui , penché sur le cou de son coursier, les bras pendants, et versant du sang par le nez et par la bouche, alloit céder la victoire à son ennemi. La légèreté seule de Rabican, qu'il n'étoit pas aisé de joindre, et qui emportoit le fils d'Aymon dans la campagne, sauva la vie à ce guerrier; car le comte ne pouvoit l'atteindre, quoiqu'il courût de toute la vitesse de son cheval pour achever sa vengeance. Comme ce dernier passa près d'Angélique, dont le cœur gémissoit de voir le péril où se trouvoit l'objet de son amour, cette princesse l'arrêta : Mon cher comte, lui dit-elle , suspendez, de grâce, les mouvements de votre colère; vous devez même perdre tout ressentiment. Là querelle est finie par la mort du lâche roi que vous défendiez. Le ciel, en punissant ce traître malgré tous vos efforts, fait voir que rien ne sauroit échapper à sa justice. Je n'ai plus rien
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3ao ROLAND L'AMOUBEUX.
à craindre non plus de la reine Marphise, qui m'a fait assurer qu'elle n'étoit notre ennemie qu'à cause de-Trufaldin. Vous êtes donc libre, et vous pouvez dès ce moment m'accorder une chose que j'ai à vous demander. Je viens d'apprendre qu'une princesse de mes amies est dans un péril très pressant. Sachez que tout intérêt cède dans mon cœur à celui de la sauver; mais le moindre retardement lui peut être funeste; et, si vous voulez la délivrer à ma considération, il n'y a pas de temps à perdre.
Grande princesse, lui répondit le paladin, vous n'ignorez pas quel est l'empire que vous avez sur moi. Daignez m'instruire de ce qu'il faut que je fasse. Vous saurez, reprit Angélique, qu'une des plus cruelles magiciennes du monde a produit, par son art, un jardin oii brillent, dit-on, cent beautés différentes, qui surpassent l'effort de la nature. Un affreux, dragon en garde la première porte, et Falenne, c'est le nom de la magicienne, nourrit ce monstre de sang humain. Cette barbare, qui est parente de Marquinor, et qui gouverne en son absence le royaume d'Âltin, fait arrêter tous les clievaliers et les dames qui passent dans ses états , et les donne à dévorer au dragon. Une princesse de mon sang, et qui m'est aussi chère que moimême, est tombée avec son amant entre les maios de cette enchanteresse, qui, dans ce moment peut-être, va les livrer au monstre. Il n'y a que vous seul, fameux guerrier, que je croie capable de délivrer tant d'infortunés qui doivent périr si cruellement.
Je suis prêt à partir, répliqua le comte d'Angers, pour aller accomplir l'ordre que vous me donnez ; mais,