‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 169 sur 253 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Finducom&at, Départ de Renaud.

AiTG^lQUE rompit ainsi le combat des deux cousins; après quoi elle demeura fort embarrassée comment elle expliqueroit à son père la démarche qu'elle venoit de faire. Elle consulta là-dessus le prince aqglois , qui lui conseilla de désabuser Galafron. Dans ce dessein , ils allèrent tous deux trouver ce roi , qui dijt à sa fille d'un air chagrin : Que veut dire ceci, princesse : le comte d'Angers est sur le point de consommer ma vengeance, et vous l'en empêchez? Seigneur, répondit Angélique, je viens d'épargner une injustice à votre n>aj,esté; le guerrier que nous prenions pour le meurtrier de mon frère ne l'est pas. C'est un fait que nous venons d'éclaircir, le prince Astolphe et moi. Rolantt nous a tout à l'heure appris que le chevallier qui a tranché les jours d'Argail est le superbe Ferragus, fils du roi lifarsiile. Ainsi le guerrier contre qui le comte d'Angers combattoit pour la défense de Trufaldin se nomme Bcnaud de Montauban. C'est son parent et son ami, et il n'a aucune part à la mort de votre infortiué fils. Hé ! d'où

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vient donc, répliqua le roi, d'où vient qae Rabican est en son pouvoir? Seigneur , repartit l'Anglois, Renaud m'a dit qu'il l'avoit tire de la caverne d'Albarose , où cet excellent coursier s'étoit retiré après la mort du prince Ai^ail, et d'où un magicien l'avoit fait sortir pour en faire présent à votre majesté.

Lorsque j'ai été instruite de ces choses, reprit alors Angélique, j'ai crudevoir rompre l« combat commencé, et rétablir l'amitié entre ces deux paladins. Par ce tnoj'en, Seigneur, poursuivit-elle, vous n'aurez plus d'ennemis, et surtout si vous vous résolvez à faire une légère satisfaction à ta reine Marpltise.... Je n'aurai pas de peine à m'y déterminer, interrompit le roi, à présent que je ne suis plus dans l'erreur.

Après ce discours, Galafron, accompagné d'Angélique et du prince Astolphe , alla trouver Marphise , qui combattoit encore les deux frères, A l'approche du roi du Cathay, le combat fut suspendu. Grande reine, lui dit Galafron, ne soyez plus notre ennemie, et pardonnez à la douleur d'un père qui croit voir le meur<trier de son fils, l'action précipitée qui m'a attiré votre inimitié. A ces mots, la reine persanne perdit toute sa colère. Elle étoit Bère, mais généreuse. La soumission du vieux roi la toucha. £Ue assura ce monarque de son amitié. Elle embrassa ensuite sa charmante fille, dont elte admira les attraits. Elle marqua aussi beaucoup d'estime pour les deux frères, et dit, à l'avantage de la France, qu'elle n'avoit trouvé dans aucune nation autant de courage, de force et de véritable générosité que dans les chevaliers françois.

Brandimart etTorinde , qui avoient recommencé leur

3a4 ROLAND L'AMOUREUX,

combat, se séptrèrent dès qu^ls virent que la reine persanne parloit au roi Galafron et îk sa fiUe avec toutes les marques d'une union parfaite. De sorte que de tous les guerriers qui combattoieiit auparavant avec fureur, il ne resta que Renaud de ntécontent. Ce paladin venoit de reprendre ses esprits ; et ne voyant plus Roland : Qu'est devenu, disoit-il, ce fier ennemi qui poursuivoit ma mort avec tant d'ardeur? Auroit-il négligé de m'ôter la vie, lorsqu'il m'a vu hors d'état de me défendre de ses coups? Ah ! quelle honte pour moi ! Cette pensée l'affligeoit à un tel point, que toute la gloire qu'il avoit acquise, par le châtiment de Trufaldin, ne pouvoit le consoler.

Le prince Astolphe,quis'aperçutqu'Angéliquevoyoit avec inquiétude l'agitation de Renaud, sur qui, malgré la présence de Marphise, elle avoit toujours les yeux, courut le joindre. Fils d'Aymon, lui dit-il, que faitesvous ici ? et pouvez-vous encore conserver quelque ressentiment, lorsque toutes choses commencent à devenir tranquilles dans le camp ? Ah ! mon cceur ne l'est pas , s'écria Renaud : de grâce, Astolphe, apprenez-^noi où est le comte d'Angers; c'est tout ce qui m'intéresse présentement. L'Auglois, qui ne pénétroit que trop son dessein, lui dit : Mon cher Renaud, calmez le trouble de vos sens ; la charmante Angélique, après avoir fait cesser votre combat avec Roland, vient d'éteindre aussi le ressentimentde la reine Marphise etdes autres princes ligués contre le roi , son père. Ainsi le royaume du Cathay est délivré des fureurs de la guerre. Puisque vous vous êtes vengé de Trufaldin, vous n'avez plus d'ennemis à combattre. Quoi I reprit le seigneur de Mon-

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