LIVRE IV, CHAP. I. 3a
appréhendoit que celui des successeurs de ce prince qui commençoit à régner en Egypte ne se portât à quelque violente résolution contre son fruit, pour affermir sa domination nouvelle, cette dame s'enfuit dans une barque, qui fut poussée par les vents sur les côtés de Barbarie. Elle trouva un asile chez un pêcheur, dont la femme l'aida à mettre au monde trois enfants, qui se rendirent depuis fort puissants dans ces provinces méridionales ; et ce fut en mémoire de leur naissance qu'on bâtit dans la suite , en ce lieu , une ville que l'on uboime encore à présent Tripoli.
Ces trois princes furent toujours fort unis ; ils vainqiiirent Gorgon , roi d'Afrique, dont la défaite les rendit maîtres de tous ses états. Avec la possession de tant de provinces , ils acquirent l'amour et l'estime de tous ces peuples. Ceux même des contrées les plus reculées, charmés de ce que la renommée publîoit de la douceur et de la générosité des trois frères , se soumirent volontairement à leur empire; de manière qu'enfin, depuis l'Egypte jusqu'aux extrémités du royaume de Maroc, tout reconnut leur puissance. Les deux premiers nés moururent sans laisser de postérité; et le troisième, nommé Artamandre, réunit sous sa domination tous les royaumes qu'ils avoient acquis ensemble par leurs victoires ou par le bruit de leurs vertus. C'est de cet Artamandre que descendirent les princes et les autres grands hommes qui depuis firent tant de maux &ux chrétiens, qui s'emparèrent de l'Espagne, d'une partie de l'Italie, et qui ravagèrent plus d'une fois la France. De ce prince sortirent en ligne directe le puissant roi Brabant , que l'empereurCbarles mit à mort,en Espagne,
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33o ROLAND L'AMOUBEUX.
le roi Agoisnt, père du roi Trojan, et les vaillants
princes don Claî-io et Boger de Rize.
Trojan laissa un fîk qui recueillit toute la puissance de ses prëdécesseurs. Ce jeune prince, appelé Agramant, fut empereur de toute l'Afrique, et tous les rois de cette partie du monde étoient ses vassaux. Ce monarque ambitieux, non content de voir tant d'états sous son empire, ne fut pas sitôt installé sur le trône après la mort de Trojan, qu'il brûla du désir d'asservir les chrétiens et de venger sur eux tant d'illustres guerriers de son sang qui avoient péri sous le fer de Charles et de ses paladins.
Dans cette résolution, il manda tous les princes africains, qui se trouvèrent au jour marqué dans la fameuse ville de Bizerte , où cet empereur tenoit sa cour. Il vouloit leur communiquer le glorieux dessein qu'il avoit formé. Us étoient au nombre de trente-deux; la salle où ils s'assemblèrent avoit deux cents pas de longueur et cinquante de laideur. Tout y étoit pompeux, les lambris et les ameublements. Les batailles d'Alexandre le Grand y étoient représentées dans d'excellents tableaux, et dans les superbes tapisseries dont les murs étoient parés. A l'approche de ces princes, Agramant, revêtu de ses habits royaux, se leva de son trône, tout brillant de pierreries. II les embrassa tous d'une manière engageante, et les fit asseoir sur trente-deux chaises d'or, placées à côté de lui, et au bas du trône les autres seigneurs se mirent sur des sièges, chacun selon son rang. Aussitôt que l'empereur fit connoître qu'il ailoit expliquer îes intentions , le silence régna dans l'assemblée, et ce monarque leur tint ce discours:
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