LIVRE IV, CHAP
t-îl en regardant le roi d'Afrique, profitez des conseils que je vous donne en mourant, si vous ne voulez attirer sur vous et sur vos peuples d'étranges malheurs. En parlant ainsi le savant vieillard tomba en faiblesse, et quelques moments après il expira dans les bras de ses amis, qui s'eoipressoieat en vain de le secourir.
Agraniant,quiraîmaitetl'estimoit, fut frappé de cet accident, qui sembloit justiBér pleinement la vérité des prédictions du vieillard, il n'y eut que Rodomonl qui n'en fut point ému. Quoi donc, dit-il alors, la mort de Ce vieux roi doit-eUe nous faire concevoir un mauvais présage? Est-.ce une chose étonnante 'de voir mourir un vieil homme ? Ainù parloit le roi d'Alger, pour b(âm«' ceux qui paroissoient suqiris d'une semblable mort. Et ce prince empraté voyant que, malgré ses dernières paroles , la plupart des princes et Agntmant lui-même se déterminoient à suivre le conseil du roi des Garamantes , il leur dît en colère : Puisque vous êtes résolus à perdre tant de temps, demeurez ici dans une honteuse oisiveté. Pour moi , je retourne à Alger , d'où je partirai sans retardement avec l'élite de mes sujets, et passerai chez nos ennemis, pour vous apprendre à ne les pas craindre. Alors il s^ retira effectivement de l'assemblée avec quelques princes africains de ses amis, qui , brûlant comme lui du désir de combattre , lui promirent de suivre son exemple.
Après son départ, le roi d'Afrique, de l'avis des autres princes , envoya les plus habiles de ses barons à Constantine, avec ordre de s'informer du jeune Roger. Mais on ne put avoir aucunes nouvelles de ce prince , ni découvrir le palais d'Atknl ; et l'on jugea bien qu'on
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34o ROLAND L'AMOUREUX.
n'en feroit qu'une recherche inùt île sans l'anneau d'AngéUque. La diflîcutté étoit d'avoir cet anneau, et la chose mise en délibération paroissoit impossible dans le conseil, lorsque te roi de Fez prit la parole, et dit : Par quel moyen potUTons>nous obtenir cet anneau mcrveilieux ? La force ouverte n'y peut rien : si nous l'envoyons demander, la princesse Angélique ne nous l'accordera point pour nous faire réussir dans une entreprise où elle n'a aucun intérêt. Il faut donc que nous ayons recours à l'artiBce. Cherchons un homme consommé dans tous les genres de fourberie, un homme en qui la subtilité de la main égale la fécondité du génie. J'ai parmi tes ofBciers de ma maison un homme de ce caractère. Il s'est signalé par mille tours de souplesse, qui lui auroient attiré plus d'une fois le dernier supplice, si, charmé de la nouveauté de ses inventions et de la fertilité de son esprit, je ne Iqi eusse fait grâce. Jetons les yeux sur lui. Je vais le charger de voler la bague d'Angélique. S'il n'en peut venir à bout, il ne faut pas espérer qu'aucun autre y puisse réussir.
Aussitôt que le roi de Fez eut cessé de parler, tous les avis du conseil se conformèrent au sien. On fit venir dans l'assemblée I9 personne qui avoit été proposée pour dérober l'anneau. C'étoit un petit -homme , qui , par sa figure contrefaite, attira tous les regards. Il n'avoit guère plus de trois coudées de haut. Il étoit bossu, et des cheveux crépus et courts couvroient sa tê(e , qui paroissoit beaucoup plus grosse qu'une tête ordinaire. Il avoit les yeux si vifs et si perçants, qu'il prévint d'abord tout le monde en faveur de son savoir-faire. Bi'unel , c'est ainsi que cet insigne fourbe se nommoit.
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