LIVRE IV, CHAP. I
ments à vivre? L'heure oîi je dois perdre la vie s'approche; mais avant que mon âme quitte la dépouille mortelle de son corps, proBtez, Seigneur, de l'avis que je vais vous donner. Vous possédez, poursuivit-il, dans vos états un trésor que vous ne connoissez pas ; c'est un jeune prince qui surpasse tous les mortels de ce siècle en valeur et en courtoisie. Il est de votre sang, puisqu'il est Bis du fameux Roger et de Galacielle, sœur de votre père Trojan. C'est un bonheur pour l'Afrique qu'il soit né Sarrasin ; car, si ce jeune héros eut été de la secte des chrétiens, il auroit détruit notre loi et nos armées. Après que son père eut perdu la vie par trahison, Galacielle, voyant leur ville de Rize brûlée, fut obligée de revenir en ce pays, oii, dans les pleurs et dans les regrets, elle mit au monde deux rejetons de son époux chéri , un garçon et une fille, tous deux d'une beauté parfaite, chacun dans son sexe. Ces deux illustres enfants sont au pouvoir d'un vieil enchanteur, nommé Atlant, qui fait sa demeure sur une montagne située près de Constantine. Là, dans un château qu'il a fait construire par ses charmes , il prend soin de l'éducation du frère et de la sœur. Comme il a remarqué dès leur enfance leur force et leur courage, il leur a fait apprendre tout ce que des guerriers peuvent savoir dans le métier des armes. Il ne les a nourris, comme le fut autrefois Achille, que de moelle de lions. J'ignore ce qu'est devenue la princesse; mais pour le jeune prince, qui se nomme Roger, de même que son père , il est déjà le plus fort guerrier du monde, quoiqu'il soit à peine dans son adolescence. Si vous pouvez le mener avec vous en France, vous en tirerez BolandrAinoiireuii. 1. 13
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plus de services <]ue de cent bataillons. En un mot, c'est le seul moyen de détourser la funeste inQiïence de ces astres malins «^ui vous œenaoent. Mais ne cfoyez pas qu'il soit aisé de le retirer des mains du magicien. Le rodier sur lequel est le château qui le renferme est si haut et si escarpé, que Ton ne peut y mouter sans avcùr des ailes. D'ailleurs Âtlant, pour conserver ce jeune prince, dérobe par son art la vue du châ* teau aux personnes qui voudraient y monter. Le seul anneau de la princesse du Cathay, qui préserve des enchantements, peut le faire apercevoir.
L'impétueux roi d'Alger, qui prévit bien que l'avis du roi des Garamantes alloit retarder l'entr^rise, ne donna pas le tempsau vieillard d'endire davantage. Que nous sommes simples, ioterrompit-il, de nous arréter auxvainsdiscours d'un visionnaire. Ce viWUard se vmMe de lire dans l'avenir, lorsque le présent même ne lut est pas connu; il nous parle d'un Roger qui n'a de réalité que dans son imagination. !Nous savons tous qu'il . n'y a point eu d'autre Roger que celui qui mourut à Rize, et nous n'avons pas ouï dire qu'il ait laissé aucun enfant. Mais nous devons peu nous étonner de l'artifice de ce vieil astrologue : s'il nous pai'le d'un jeune guerrier dont il nous raconte des i^rveilles, ce n'est que pour noas fùre chercher une chose qui n'est point , et pour différer la guerre contre Cliarleâ, Et qu'est-il besoin d'autres forces et d'autres guerriers que nous?
Jeune homme, lui repartit froidement le roi dus Garamantes, vous allez voir si vous avez raison d'attribuer à la crainte ma prédiction , et de donner un mauvais sens à mes avis, Encore une fois, Seigneur, ajouta-
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