‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 185 sur 253 · LIVRE IV, CHAP. III. 35i · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. III. 35i

amené pnsonnier dans son château, où il avoit passé le jourprécédentjusqu'à la nuit, qu'il s'étoit sauvé. Oringue s'offrit à justifier, par la déposition de plusieurs personnes dignes de foi, qu'il étoit ailleurs le jour précédent, et dans te temps qu'on le supposoit prisonnier d'Qrigile. J'ai sans doute été trompé dans cette affaire, ajouta-t-il , de ntême que Locrin; et, cosoine il a paru deux Ariant, il peut bien y avoir aussi deux Oringue, dont le faux aura été vaincu par Locrin. Je demande, pour l'honneur de ce chevalier, et pour le mien, que la chose soit approfondie.

Ce soupçon d'Oringue parut bien fondé à Locrin, qui dit alors que c'étoit à la persuasion d'Origile qu'il avoit pris^ des armes pareilles à celles d' Ariant pour c(»abattfe contre Oringue; et il demanda, comme ce chevalier, qu'on approfondît cette affaire. Les juges, sur leur réquisition, qui leur parut juste , firent ouvrir la prison où j'étois renfermé. On m'y trouva encore revêtu des mêmes armes sous lesquelles j'y ëtois entré, et cette déc(»iverte fut l'éclaircissement de tout le mystère. On prit ma déposition, qui eontenoit tout ce qui s'étoit passé entre Origile et moi. Je n'eus garde d'eu rien cacher ; j'étois trop animé contre cette infidèle piour avoir encore q[uelque envie de la ménager. Ce ne fut pas tout : elle eut encore une plus grande mortification. On trouva dans uo endroit caché de son appartement un jeune Itomme qu'elle «îmoit, quoiqu'il fut sans saiËMnoe et sans mérite. Les commissaires l'interrogèrent aussi, et la erainte des châtiments l'ohligeaot à tout déclarer , il 6t oonnoitre par son rapport que la dame nous avoit trompés, Oringue, Ariant,

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35a BOLAND L'AMOUREUX.

Locrin et moi; que son but, en nous armant les uns contre les autres, avoit été de se défaire de nos importunités, et de nous mettre en défaut sur le commerce infâme qu'elle avoit avec ce jeune homme.

Les juges s'assurèrent de ce malheureux et d'Ori* ^ile, jusqu'à ce qu'il plût au roi d'ordonner de leur sort. Quand ce monarque fut instruit de toutes les circonstances de cette affaire, il jugea que notre artiëcîeuse maîtresse méritoit de souffrir un supplice qui ôtât aux personnes de son sexe l'envie de l'imiter; pour cet effet, il la condamna à être pendue par les cheveux aux. branches du pin de ce pont, qu'on appelle communément le pont du Pin. 11 fut de plus ordonné que nous nous tiendrions, Oringue, Ariant, Locrin et moi, armés de toutes pièces , à l'entrée du pont, pour combattre tous ceux qui voudroient entreprendre de détacher Origiie, Depuis deux jours que nous nous acquittons de cet «mpkri, sept chevaliers ont déjà perdu la vie, et tu peux voir encore leurs écus aux branches de ce pin. Cesse donc de vouloir défendre la plus dangereuse de toutes les femmes, si tu ne veux mériter les reproches du ciel et des hommes.

Quoique te récit de Philax eût un caractère de vérité capable de persuader , le comte d'Angers avoit le cœur si noble , qu'il ne put croire qu'une si belle dame fût aussi coupable qu'on le disoit. D'ailleurs Origiie, qui voyoit oes deux chevaliers s'entretenir ensemble , ne doutant pas que celui du pont ne racontât son histoire et ses artifices à l'autre, ne cessoit de crier à Roland qu'il n'ajoutât point foi aux discours du chevalier du pont, qui n'étoit qu'un imposteur et qu'un barbare. Le

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