‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 187 sur 253 · LIVRE IV, CHAP. III · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. III

dédaigneux, et par-là il juge de sa fortune amoureuse. Ce que vous m'apprenez, reprît Roland avec agitation, me donne la curiosité de faire cette épreuve. Mettezmoi donc à terre, dit la demoiselle, et je garderai votre cheval pendant que vous monterez au perron.

L'amoureux comte d'Angers , impatient de voir l'adorable image d'Angélique, etdeconnoître les sentiments que cette princesse avoit pour lui, eut bientôt monté les cent degrés; mais comme il cherchoit la fontaine qui devoit montrer à ses yeux avides le cœur de sa chère Angélique, il s'entendit appeler par Origile, qui, montée sur Bridedor, lui cria : Seigneur chevalier, si vous n'avez pas coutume d'aller à pied, commencez à vous y accoutumer. Vous ne verrez plus votre bon coursier. Que cela vous serve de leçon. Une autre fois ne soyez pas si curieux. A ces mots elle poussa Bridedor à toute bride, et s'éloigna comme un trait de son libéteur,.qui, trop plein de l'espoir curieux de s'éclaircir du sort de son amour, ne fît pas dans le moment grande attention aux paroles de la dame; mais lorsqu'après avoir parcouru tout le perron , il ne trouva aucune fontaine , il s'aperçut bien qu'il avoit eu tort de ne pas croire te chevalier du pont.

Le paladin sentit vivement la perte de Bridedor, qui lui étoit nécessaire pour achever l'entreprise qui l'avoit attiré du Cathay en Altin. En descendant les degrés, il remarqua une inscription gravée sur le marbre, par laquelle il apprit que cet édifice étoit le tombeau de Ninus, qui fut autrefois roi de toutes ces provinces. Cette découverte ne le consola pas d'avoir perdu son coursier. Il se mit sur les tracesde cet animal , et marcha

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trois jours et. trois nuits à pied, sans trouver aucune

occasion de se pourvoir d'un autre cheval. Mais mon

.auteur laisse en cet endroit Roland, pour parler de

Grifon , d'Aquilant et de Brandimart, qui sont restés ù

Albraque.

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