LIVRE IV, CHAP. IX
nne, et qui s'en retoumoît à la cour du roi son père, quand près des ruines d'un ancien palais, qui est à l'entrée de cette forêt, nous avons vu sortir du fond de cet édifice un chevalier armé de toutes pièces. Il s'est approché de nous, et, frappé de la beauté de ma maîtresse, il' l'a fait entrer par force avec lui sous ces ruines.
Le nain voulut ajouter à ce récit de nouvelles instances pour engager Sacripant à donner un prompt secours à la princesse dont il parloit; mais ce généreux, roi l'interrompit, en lui disant de le mener sans retardement au lieu oïl sa maîtresse étoit; et, pour s'y rendre plus tôt, il fit monter le nain en croupe derrière lui. Le léger Frontin les porta tous deux en peu de temps où ils vouloient aller. Lorsqu'ils y furent arrivés, le nain dit au monarque: Seigneur, voici le lieu où je me suis chargé de vous conduire. Si vous avez envie de délivrer ma maîtresse des mains de son ravisseur, entrez dans cet ancien palais ; vous les y trouverez tous deux, et pendant ce temps-là je garderai votre cheval. Sacripant mit pied à terre, pour aller délivrer la princesse, et aussitôt le nain, se jetant en selle avec une extrême légèreté, dit au prince : Seigneur chevalier, la princesse vous rend grâces de votre générosité. Elle m'a cliargé de vous dire qu'elle n'a plus besoin de votre secours. Ne craignez pas que votre cheval tombe en mauvaises mains ; je vais le remettre au meilleur guerrier de l'univers.
En disant cela le perfide nain poussa le coursier dans le plus fort du bois, et s'éloigna comme un trait de Sacripant, qui demeura plus étonné qu'il ne l'avoit été de sa vie. Ce monarque ne pouvoit s'imaginer
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378 ROLAND L'AMOUBEUX.
qu'une aussi vile créature eût pu former un dessein si hardi. Encore, disoitil, sijesavoisàquel fameux guerrier ce voleur destine mon cheval, je pourrois me flatter de l'espérance de le retirer de ses mains par la force des armes. Agité de cette réflexion, ce roi rejoignit à pied les princesses , peudisposé à goûter les plaisirsde la fête. Le nain qui vola l'anneau d'Angélique et le cheval de Sacripant étoit, comme on se l'imagine bien, le rusé Brunel. Ce fourbe, après avoir promis au roi d'Afrique qu'il s'acquitterait avec succès de la commission dont il l'avoit chargé, s'étoit mis en chemin, comme on l'a dit, pour cet effet; et pendant le cours d'un si long voyage il avoit eu le temps de rêver à la manière dont il se conduîroit dans son entreprise. Étant arrivé à la ville d'Albraque , il s'y étoit tenu caché quelques jours, pour s'informer de la situation où se trouvoit la cour du Cathay, et se régler ensuite sur ce qu'il en apprendrait. Outre l'anneau d'Angélique , il avoit résolu de voler le cheval du roi Sacripant, dont il avoit ouï dire des merveilles, pour en faire présent au jeune Roger, et il avoit choisi le jour de la partie de chasse pour exécuter son projet. Après s'être rendu maître du coursier, il s'étoit habillé en pèlerin; et d'abord que sous ce déguisement il avoit eu l'adresse de s'emparer de la bague, il avoit vite été reprendre son premier habit, et rejoindre son bon cheval Frontin, qui étoit attaché à un arbre, assez près de la princesse. Tout cela étant fait , il piqua sur le chemin de Bizerte , fort satisfait de son voyage, et persuadé qu'il alloit en recueillir le fruit à son retour, c'est - à - dire gagner le royaume de Tingttane, qu'Agramant lui avoit promis.
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