LIVRE ly, CHAP. XI
géant armé de toutes pièces ; et s'il arrive que le chevalier Roland prive de vie ce monstre, il verni naître de son sang deux autres géants, et de ces deax-tà quatre, de ces quatre huit, de ces huit seize, et ainsi juscfu'à l'infini. Si le chevalier est assez heureux pour surmonter cet obaticle, il aura la sortie du jardin libre ; mais qu'il ne s'imagine pas pour cela que l'enchantement du jardin sera détruit. Pour mettre cette aventure à fin, il faut arracher de l'arbre une branche qui est féée. Il est aisé de reconnoître cet arbre à sa hauteur excessive , et aux vives couleurs de ses fruits. Le plus fort archer ne sauroit pousser une flèche jusqu'à son sommet. Le tronc en est si gros, si élevé et si glissant, qu'aucun mortel n'y peut monter pour cueillir de ses fruits, ni par conséquent en arracher la branche féée.
Comme le livre n'enKignoit pas la conduite que Roland devoit tenir pour voir finir la reproduction des géants , et pour avoir la branche féée de l'arbre , le paladin se trouvoit embarrassé. Il y rêva long-temps, puis, s'abaudonnant à ce que le ciel ordonneroit de lui, il marcha vers la porte d'argent, qui étoit fermée, et qui ne devoit s'ouvrir qu'après que le clievaller auroit vaincu te géant qui la gardoit. Ce monstre s'avança vers Roland le cimeterre levé. Ils commencèrent un horrible combat. Le bouclier du géant, quoique enchanté ainsi que le reste de ses armes, ne put résister à la fatale Ralisarde, qui le fendit en deux; et cette bonne épée, descendant de là sur la cuisse du monstre, y fit une profonde blessure. Pour s'en venger, le géant prit son cimeterre à deux mains, et le déchargea rapi>
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39» • ROLAND L'AMOUBEUX.
dément sur la tête du chevalier; mais celui-ci, en pa> rant le coup du tranchant de Balisarde , coupa le cimeterre qui tomboit sur lui. Par cet événement le coup porta à faux , et le géant ne put s'empêcher de tomber sur ses mains. Le guerrier, profitant de ce temps-là, fit voler le casque et la tète de son ennemi, avant qu'il pât se relever.
he vaste tronc de ce colosse fit retentir la plaine du bruit de sa chute; mais à peine le sang qui couloit à grands flots de ce vaste corps eut-il touché la terre , qu'il en sortît une flamme qui laissa voir en se dissipant deux géants armés de même que celui dont le sang venoit de les produire. Ils se jetèrent tous deux en même temps sur le comte , qui n'eut pas peu d'afTaires à se défendre de ces deux adversaires. Il les frappa du tranchant de Balisarde; il les avoit déjà blessés en plusieurs endroits, lorsque considérant que s'il contlnuoit ce genre de combat, il ne feroit que voir renaître une fois plus d'ennemis qu'il n'en détruiroit, il ne s'attacha plus qu'à les mettre hors de combat, en leur donnant du plat de son épée. It espéroit par là les étourdir et leur faire perdre baleine. Cependant le combat se maintint long -temps de cette sorte; et Roland, ennuyé d'avoir toujours sur les bras l'un oul'âutre de ces géants, changea de dessein. Il tâcha de les attirer auprès de la fontaine, se flattant que la vue et l'odeur des viandes exciteroient en eux le même désir qu'il avoit eu, et que, par l'artifice de l'ogre, il les auroit en son pouvoir, sans répandre leur sang. Il feignit donc de s'enfuir ; mais les géants, sans se souder de sa fuite, restèrent auprès de la porte d'argent.
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