‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 207 sur 253 · LIVRE IV, CHAP. XL SSg · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. XL SSg

de son pied d'aiiain , qu'elle-ie jeta tout étourdi à quelques pas de là; puis, sans lui donner le temps de se relever, elle l'entortilla de ses deux oreilles si fortement , qu'elle auroit étouffé Roland , si le sang qui sortoit en abondance de la plaie de l'animal n'eût diminué une partie de ses forces. Le chevalier ne fut jamais dans un plus grand péril. Il se dégagea pourtant par ses efforts; et, dans le temps que le monstre se rejetoit sur lui pour le saisir de nouveau , il lui coupa de Balisarde les deux oreilles. Aussitôt la mule se mita braire d'une manière à causer de l'épouvante; puis, d'un coup de sa queue, elle coupa les armes du paladin, qui lui trancha la queue, et en même temps un de ses pieds d'airain , qu'elle lançoit une seconde fois au guerrier pour l'écraser.

Dans te moment la mule disparut , et Roland entra sans obstacle dans la troisième enceinte. Il consulta son livre pour savoir de quel côté il devoit porter ses pas. Il lut qu'il n'avoit qu'à marcher vers le septentrion, ' jusqu'à ce qu'il trouvât une porte d'argent[, et qu'il entreroit pai>là dans la quatrième enceinte , qui étoit la dernière. Suivant cette instruction, il prit le chemin d'un petit bois, au delà duquel il rencontra un agréable vallon. Un ruisseau y couloit en serpentant sur les fleurs, et ce ruisseau venoit d'une source autour de laquelle on avoit dressé plusieurs tables couvertes de viandes bien apprêtées , et de riches coupes d'or pleines de vins excellents. Il ne paroissoit personne qui les gardât, et cependant ces viandes fumoient, et les vins pétilloient dans les vases d'or.

A la vue de ces mets, le comte d'Angers se sentit

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Sgo ROLAND L'AMOUREUX,

pressé du désir de manger, mais il n'osa se satisfaire, sans avoir auparavant appris dans son livre ce qui en pou voit arriver; et certes, il fit sagement. Il étoit marqué dans le livre qu'il devoit s'abstenir de ces viandes, s'il vouloit évitef le piège quî lui éloît tendu sous leur appât; qu'elles lui causerotent des vapeurs qtii le plongeroient dans un profond sommeil, et que pendant ce temps-là un ogre , caché derrière un buisson de roses prÈs de là, ne manqueroit pas de l'enchaîner. Le guerrier, instruit de ces choses, prit la résolution d'attirer i'ogre lui-même dans le piège qu'il tendbit aux autres. Pour y réussir, il s'assit à une des tables, et fit semblant de manger des viandes qui étoient dessus. Après cela, comme si les mets eussent commencé à produire leur effet. Use laissa tomber sur l'herbe, et feignit de s'endonnir. L'ogre accourut aussitôt , traînant après lui la chaîne dont il prétendoît bien charger le chevalier; et, se flattant de pouvoir bientôt assouvir la soif qu'il avoit du sang humain, il s'approcha du paladin avec toute la confiance que lui donnoit la force du charme; mais Roland, se relevant brusquement, le saisit par le bras, et le coupa de son épée par le milieu dit ventre, bien qu'il fût d'une grosseur monstrueuse.

Ce cruel anthropophage puni , le fils de Miton se remit en marche. Au sortirdu vallon, il lui fallut monter un coteau par où l'on descendoit dans la plaine où étoit ta dernière enceinte. Il ne tarda guère à découvrir la porte d'argent; mais, avant que de s'en approcher, il ouvrit le livre, où il trouva des choses qui l'embarrassèrent. La porte d'ai^ent, disoit le livre, est celle de la dernière enceinte : elle est gardée par un grand

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