CHAPITRE XIII
Des merveilles que vit le comte d'Angers dans la caveTne de la fée Morgane.
RoLAWD marcha plus d'une heure le long de la voûte, en descendant toujours, et dans une obscurité affreuse. Enfin il commença d'apercevoir une foible lueur qui s'augmentoit à mesure qu'il avaoçoit. Cette lueur provenoit d'un grand verger auquel la voûte aboutissoit, et qui étoit peut-être le lieu de l'univers le plus merveilleux. On y voyoit des arbres nains qui portoient pour fruits des rubis, des émeraudes, des topases, et d'autres pierres précieuses. Mais ce que ce riche verger avoit de plus singulier, c'est qu'il tiroit sa lumière d'un ciel formé pour lui. Le soleil ni les astres de la nuit n'y paroissoient point Des escarboucles , dont le nombre étoit infini, avec mille et mille diamants, éclaîroient ce séjour charmant. Ils avoîent été cloués par art de féerie au sein fluide du firmament de ce ciet. Les bénignes influences de ces beaux astres donnoient aux buissons du verger la vertu de pousser des fruits Bi précieux.
Le jour que formoient ces pierreries étoit si brillant, <]ue les plus beaux jours de l'année ne lui sont pas comparables. Toute l'inquiétude qu'avoit Roland de se voir renfermé dans ce lieu souterrain ne pouvoit l'empêcher de le regarder avec admiration. Il traversa le verger, et trouva au bout une voûte que quelques es* BoUnd l'Amoureux, i. jS
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4oa BOLAND L'AMOUREDX.
carboucles incrustées dans le roc de dutance en d!stance rendoient aussi lumineuse que la première étoit obscure. Le comte s'étoit trop engagé pour en demeurer là. 11 passa U voûte qui le conduisit à un grand lac , au milieu duquel il y avoit un superbe salon de marbre couleurs de feu, dont les pilastres, comicbes et autres ornements étoient du lapis le plus éclatant. On alloit à l'île par un pont qui n'avoil qu'un pied de large , et l'on apercevtHt à l'entrée de ce pont deux statues d'or, chacune armée d'une massue de même métal. L'eau qui passoit sous le pont paroîssoit brûlante : on la voyoit bouillir à gros bouillons, et de temps en, temps des flammes g'éleroient sur sa surface.
A la vue du salon , le guerrier firançols pensa que la fée y pourrait être, et il résolut de l'aller surprendre, comme il avoit surpris Falerine. Mais à peine ent<il rais le pied sur le pont, que les deux statues d'or lui déchargèrent leur massue sur le casque si rudement qu'elles le renversèrent. Peu s'en fallut qu'il ne tombât dans l'eau bouillante. Il se tratn» sans se relever vers le salon , jusqu'à ce qu'il n'eût plus à craindre la massue des statues. Alors se relevant, tl acheva de passer le pont , et entra dans le salon , dont lia porte étoit ouverte. Quelles richesses n'y vit-il point? C'étoit le trésor de la fée; les murs étoient couverts de pertes, de diamants et de rubis enchâssés dans l'or, et une grosse escarboucle attachée au plafond y répandent une grande lumière. Une figure d'or massif, qui, par son manteau royal et par une couronne de pierreries qu'elle avoit sur la tête, représentent un roi, étoit assise à une table composée d'une seule agate onix. On eût dit que ce
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