‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 215 sur 253 · LIVRE IV, CHAP. xrir. 4o · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. xrir. 4o

prince, tout occupé d'une infinité de choses précieuses qu'il y avoit devant lui sur la table, craignoit de tes perdre, tandis qu'au-dessus de sa tête une aulre figure, SDspendue en l'air pour marquer ce qu'il falloit penser de ces richesses , tenoit une petite table de marbre noir, sur laquelle ces paroles étoient écrites en caractères d'or : I^s grandeurs , les richesses et les empires ne sont que des choses Jnvoles, qu'on possède avec crainte; et ce qu'on possède de cette Jaçon ne sauroiljàire le payait bonlteur.

Le généreur comte d'Angers n'étoit que trop persuadé de la vérité de cette inscription , et le mépris des richesses n'étoit pas une de ses moindres vertus, 11 sortit du selon par une porte opposée à celle par où il étoit venu , et qui donnoit sur mi pont semblable au premier qu'il avoit passé, à la réserve que les deu!L statues d'or qui défendoient la sortie de celui-ci avoient chacune un arc et une flèche dont la pointe étoit d'acier. Lorsque le che^^lier fut au milieu du pont, les figures tirèrent sur lui leurs flèches , qui percèrent ses armes , mais qui ne purent blesser sa chair invulnérable. Après avoir passé le pont, il entra dans un vallon plus charmant mille fois que la fameuse vallée de Tempe. Une agréable rivière y rouloît en serpentant son onde pure sur tin sable d'or. Ici s'offroient aux yeux du fils de Milon des cascades admirables , des grottes de cristal de roche, garnies de nacre de perles et de coquillages de figures et de couleurs différentes. Là c'étoient des fontaines jaillissantes, qui poussoient dans les airs de l'argent ' liquide. ■

Mais ce qu'il y avoit encore de plus capable de char-

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4a4 ROLAND L'AMOUREUX.

mer la vue, c'étoit de voir Morgane endormie sur les bords d'une de c^s fontaines. Ce valon délicieux étoit son séjour favori. Elle y passoit tout le temps qu'elle ne pouvoit être avec un jeune prince qu'elle aimott éperdument. Elle avoit le visage tourné vers Roland quand il passa près d'elle. 11 falloit être autant épris d'Angélique qu'il l'étoit pour résister à cette fée. Ses cheveux , plus beaux que cens du blond Phébus , tlottoient en boucles sur ses épaules au gré d'un doux zéphir, qui sen^loit ne les agiter que pour prêter à la fée de nouvelles grâces. Sa robe couleur de rose brodée d'argent étoit ouverte par - devant, et laissoit voir toute la beauté de sa taille. Le fidèle amant de la princesse du Catay ne put s'empêcher de s'arrêter pour considérer tant d'attraits. Il se resstHivint alors de ce qu'il avoit, entendu dire à la demoiselle du cor enchanté , et dans son cœur il pardonnoit à Morgane le désir qu'elle avoit de se venger de lui.

Il fut tenté de la réveiller pour l'obliger à le faire sortir de ce lieu souterrain, qui, tout délicieux qu'il lui paroissoit , étoit toujours une prison pour lui; mais, se sentant ému de sa vue, et craignant de se laisser séduire aux charmes de ses discours, malgré tout l'amour dont il brûloit pour Angéliq^e, il continua son chemin le long du vallon. Ce n'est pas sans raison, di* soit-il en lui-même, que la demoiselle du cor enthanté appeioit Morgane la source de toute beauté, he chevalier s'appljaudissoit de ne s'être pas exposé au péril de 'parler à la fée, lorsqu'au bout du vallon il rencontra uiie autre merveille. C'étoit un palais de cristal, au travers duquel on voyoit clairement les objets; et ce

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