‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 216 sur 253 · LIVRE IV, CHAP. XIII. 4o · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. XIII. 4o

qui ne causa pas moins de joie que d'étonnement au comte, c'est qu'il reconnut parmi plus de soixante chevaliers qui y étoient prisonniers, son cousin Renaud, le paladin Dudon, fils d'Ogier le Danois; Irolde et Prasilde-, ses deux neveux, Aquilant et Grifon, et son cher Brandimart.

Il aurait bien voulu les embrasser ; mais il ne le pouvoit, quoiqu'il ne fût éloigné ^'eux que de deux ou trois pieds. Il leur demanda par quelle aventure ils avoient été enfermés dans ce lieu. L'amant de Flenrde-Lys prit la parole : il lui conta tout ce qui leur étoît arrivé jusqu'à leur combat contre Haridan , et il finit en disant que ce monstre les avait jetés dans le fleuve l'un après l'autre , qu'ils avoient tous perdu connoissance , et qu'en reprenant le sentiment, ils s'étoient trouvés désarmés dans ce palais de cristal, sans savoir comment ils y avoient été transportés. J'ai , comme vous , été entraîné dans le fleuve par le fort Haridan , dit le comte ; mais je m'en suis veiigé par sa mort, et rien ne m'empêchera de vous délivrer tous. Je vais briser en mille pièces ce mur de cristal qui nous sépare. FAt-il composé de diamants, il ne résistera point à mes coups.

Alors levant Balisarde, il alloit la déchaîner sur le mur de cristal, quand un jeune prince, beau comme le jour, lui cria de s'arrêter : Noble guerrier, lui ditil , ce que tu projettes en notre faveur ne peut réussir. Si tu brisois le cristal qui est entre nous, la terre qui nous soutient s'ouvriroit dans le moment pour nous engloutir, sans que l'art même de la fée nous en pût garantir. Il n'y a qu'un seul moyen de nous délivrer. Regarde cette éméraude qui est comme enchâssée dans

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le cristal : c'est la porte de ce palais. Morgane seule en a la clef; mais ne crois pas pouvoir l'obliger ni par prières ni par menaces à te l'accorder. Il faut pour l'obtenir que tu coures après cette fée par où elle portera ses pas, et que tu la joignes. Si les buissons et les rochers qu'elle te fera traverser ne te rebutent point, et que tu puisses l'atteindre en courant, saisis-la par ses longs cheveux, et tu te couvriras d'une gloire immortelle. Tu as déjà surmonté de grands obstacles, et de tous ceux qui ont été précipités par Haridan au fond ' du fleuve nul autre avant toi ne se peut vanter d'être venu jusqu'ici tout armé. Cela me fait bien augurer de ton entreprise, et je crois que la gloire de notre délivrance t'est réservée.

Je viens de rencontrer Morgane , répondit Roland au beau chevalier; elle dormoit au bord d'une fontaine; et, je vous l'avouerai, je l'ai trouvée si belle, que je n'ai osé la réveiller de peur de m'en laisser séduire. Vous, avez fait une grande faute, répliqua le jeune prince Ziliant, c'est ainsi que se nommoit le beau chevalier. Retournez au bord de cette fontaine ; et si vous retrouvez la fée endormie, ne laissez plus échapper une occasion si favorable. Ziliant n'étoit que. trop instruit de toutes ces clxtses ; il les tenoit de la propre bouche de Morgane, qui t'aimoit avec ardeur. Quoiqu'il ne fût pas insensible à la possession d'une beauté si par&ite, tout le bonheur dont il jouissait ne pouvoit le conspler d'avoir perdu sa liberté. .

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