CHAPITRE XVI
De l'entreprise du roi d'Alger, et de la deicente qu'il Jù en Italie.
■ Lb sujet de mon histoire m'oblige de retourner au superbe RodomoDt. Il étoit parti de la cour de Bizefte , dans la résoluticm de porter la guerre en France avant le passage du roi Agramant. Bès qu'il fut de retour dans ses états, il apporta tant de diligence à faire faire ses levées , et pressa de telle sorte les princes ses amis de se joindre à loi , qu'en peu de temps il forma une grosse armée aux environs d'Alger. Des vaisseaux préparés par ses soins^, et munis de toutes tes choses nécessaires, n'attendoient qu'un vent favorable pour mettre à la voile avec ses troupes.
Une tempâte qui duroit déjà depuis plusieurs jours retardoit l'embarquement. Rodomont, plein de fureur, maudissoit les vents, et blasphémoit contre le ciel. Son impatience ne lui permit pas d'attendre la fia de la tempête; il voulut partir : la flotte leva l'ancre par soQordre. Elle étoit composée de deux cent soixante voiles de diverses grandeurs.
Tandis que cette flotte étoit en mer, il y avoit beaucoup d'agitation dans la France. L'empereur Charles, infisrmé du grand RFinement que faisoit te roi d'Afnque pour venir attaqu» l'empire romain, songeoit à la sûreté de ses frontières et de ses places. Il co>m-
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4iâ ROLAND L'AMOUBEUX.
mît au duc Âymon, en l'absence .de Renaud, le soin de veiller avec ses autres fils à ta garde du Languedoc, d'y faire fortifier Agde et Bezters, de répandre des troupes et des milices le long des côtes , depuis Narbonne jusqu'à Montpellier, et d'envoyer en mer des barques d'avis pour être averti de tout ce qui s'y découvriroit. De plus , il lui donna Yvon, son cousin, et Angetier, avec un gros corps de troupes pour agir sous ses ordres. 11 chargea Anichard de Perpignan et le comte de Boussillon, de veiller sur la côte d'Espagne et du côté des Pyrénées. Il se reposa sur le sage duc de Bavière et sur ses quatre fils, du soin de garder la Provence depuis la grande ville d'Arles jusqu'à Antibeà ; de pourvoir Marseille, Toulon et Fréjus de tout ce qui pourroit empêcher les Africains d'y faire la descente; et comme cette province , à cause du nombre de ses ports, étoit la plus exposée, l'empereur choisit pour le soulager et se charger de l'exécution de ses ordres, Guy de Boui^ogne, et la guerrière Bradamante, digne sœur de Benaud. Le roi Didier de Lombardie, les comtes de Lorraine et de Savoie ewent pour partage la défense de toute la côte de Ligurie et de Toscane, Enfin , Charles n'oublioit rien de tout ce qui pouvoit contribuer à la sûreté de l'empire et de ses peuples.
Cependant la BiMe africaine luttoit contre les flots et les vents. Malgré l'expérience des matelots, la tempête qui, comme il a été dit, duroit encore, tantôt dispersoit les vaisseaux , et tantôt les poussant les uns sur les autres , les faisait briserpar leur choc. Ils furent obligés de jeter dans la mer la plus grande partie de leurs t^evaux, et même de leurs provisions, pour éviter un