LIVRE IV, CHAP. XVI
entier naufrage. Que diraï-je ? l'indoTnptabte Rodomoot et son armée essuyèrent, pendant huit jours de navigation, tout ce que le vent et l'orage peuvent avoir de plus rigoureux. Enfin ils aperçurent les côtes de l'Italie, et leurs vaisseaux: fort endommagés vinrent surgir à celles de Gênes. Les peuples de cette côte, dès qu'ils reconnurentlesSarrasins, descendirent des montagnes, en criant: Amis, donnons sur ces barbares , sur ces mécréants. En même temps ils lançoient sur eux pierres, (lèches , dards et pots à feu pour les empêcher de prendre terre.
L'orgueilleux Rodomont, opposant son corps à leurs traits comme un bouclier impénétrable, donnoit ses ordres fièrement de la proue de son vaisseau, où il étoit. Bientôt les- chaloupes et les autres bâtiments plats faits pour la descente furent remplis de soldats qui s'approchèrent de la terre; et ce prince se mettant à leur tête se jeta le premier dans l'eau jusqu'à la ceinture. Il gagna le rivage avec eux, malgré les pierres et les flèches qu'on leur lançoit; aussitôt il rangea son armée, et dès ce moment les Italiens qui défendoient la côte ne songèrent plus qu'à se mettre en sûreté. Les uns se réfugièrent dans Gênes, dont ils fermèrent les portes ; d'autres s'enfuirent vers les montagnes , et la plus grande partie se retira du côté de Savone, où ils semèrent l'épouvante.
Le comte Archambault, qui y commandoit avec un corps de troupes que le roi Didier, son père, lui avoit conBé, accourut au secours des Génois; mais en par^ tant il n'oublia pas de faire donner avis à Didier de la descente des Sarrasins : il lui mandoit qu'il alloit les Roluid l'Amonreux. i. 37
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4i8 ROLAND L'AMOUREUX,
harceler, en attendant qu'il pût s'avancer avec son armée, pouracheverde leschasserdupays, et dégager la ville de Gênes. Archambault étoit comte de Crémone , et passoit pour un capitiine aussi vaillant que sage. Il s'approcha donc de Gènes du côté opposé à celui où les Africains avoient pris leurs quartiers. Il 6t entrer une partie de ses gens dans la place , pour la munir d'une forte garnison, et encourager les habitants à la bien défendre, en cas que les ennemis en formassent le ^ége ; et il se posta avec te reste de sa petite armée dans des lieux coupés, où il étoit difficile de le forcer. De ce camp, il faisoit des courses sur les Algériens. Tantôt il leur enlevoit leurs convois, et tantôt il les surprenoit au fourrage, où ils n'alloient pourtant que rarement, à cause du peu de chevaux qu'ils avotent.
Le violent roi d'Alger étoit dans une colère inconcevable de se voir ainsi harceler impunément par un si petit nombre d'ennemis. Il résolut de les aller attaquer dans leur camp, quelque inaccessible qu'il fût, et il auroit exécuté sa résolution , si le rcù Didier avec son armée n'eût joint son Bis; mais ces deux princes, enseignes déployées , marchèrent aux Africains. Le comte de Crémone, qui étoit à t'avant'garde, baissa sa lance, et fondit sur Rodomont , qui s'éievoit autant au-dessus des autres Sarrasins que le donjon d'une tour s'élève au-dessus de ses créneaux. Archambault l'atteignit au milieu de l'écu, qu'il perça sans ébranler le roi d'Alger, qui le frappa de son côté avec tant de force, qu'il lui fendit son bouclier; et, tranchant mailles et plastrons, lui iît une profonde plaie au côté. Le prince lombard tomba de ce coup , et fut emporté demi-mort à Gênes^
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