‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 226 sur 253 · LIVRE IV, CHAP. XVII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. XVII

demoiselle , qui leur dit, lorsqu'elle les eut passés : Vous êtes dans une île, et vous n'en pouvez sortir que par un pont qui est au delà de ce château ; mais on ne vous laissera point passer le pont si vous ne promettez de rendre un service au roi Monodant, à qui ce cliâteau appartient.

A peine la demoiselle eut-elle achevé ces paroles , que les paladins aperçurent le châtelain, qui descendoil de la roche pour venir à eux. C'étoit un vieillard sans armes ; mais une troupe de gens de guerre le suivoit. Seigneurs chevaliers , leur dit-il en les abordant, nous sommes portés à vous faire plaisir, et nous vous conduirons, si vous le souhaitez, au pont qui est de l'autre côté de ce rocher ; mais je vous avertis que vous ne pourrez le passer sans être obligés de combattre un géant qui en garde le passage. Si vous le pouviez vaincre, vous rendriez un grand service à notre roi, qui gémit de tous les meurtres que ce monstre commet impunément dans ce pays.

Quand le vieillard eut cessé de parler, le seigneur de Montauban lui répondit : Quoique nous ayons sujet de nous plaindre de votre demoiselle , qui nous a fait entrer dans cette île, ce que nous pouvions nous dispenser de faire, nous n'avons jamais refusé d'arrêter une injustice, ni de punir la cruauté ; menez-nous donc à ce géant , nous le comliattrons, et il ne tiendra pas à nous que nous ne rendions ce ptmt libre à vos peuples. Le châtelain le remercia de sa bonne volonté; puis il conduisit les paladins jusqu'au pont , qui n'étoit éloigné que d'une lieue du château. Varillard, ainsi se nommoit le géant, étoit alors au milieu de ce pont : on eût dit

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4i4 ROLAND L'AUOUREUX.

que c'étoit une grosse tour qui y avoit été^ posée. Ce

colosse, armé de toutes pièces, portoit une longue

barbe, et avoit le regard furieux. Son arme offensive

étoit une massue, sa voix un tonnerre, et ses coups une

tempête.

Irolâe obtînt de Renaud la permission de combattre le premier. Il s'avança vers le géant avec beaucoup de courage; mais il ne put lui résister long-temps : il fut pris. Pntsilde courut au secours de son ami, et lit plus de peine au monstre qu'Irotde; néanmoins, après un long combat , il tomba sur le pont d'un coup de massue. Varillard le saisissant aussitôt de ses bras nerveux , pendant qu'il étoil encore tout étourdi , l'emporta dans une tour située sur la rive au delà du pont, et le livra à ses satellites, qui le mirent dans la même prison qu'Irolde. Le jeune paladin Dudon , vaillant (ibd'Ogier le Danois, vouloit se présenter pour combattre, quand le fils d'Âymon , que la prise des deux amis avoit animé de colère , le prévint. Il attaqua le géant avec la dernière vigueur : Varillard se défendit de même. Le fleuve et la campagne retentissoient des coups pesants qu'ils se portoient. Le casque de Membrin sauva plus d'une fois la vie à Renaud, en lésistant à la terrible massue ; si cette massue faisoit chanceler quelquefois le guerrier, Flamberge en récompense brisoit les armes du géant, qui, déjà blessé en plusieurs endroits, prit tout à coup l'épouvante, et s'enfuit vers la four, pour y chercher sa sûreté. Le paladin, qui n'avoit pas envie de le laisser échapper, le suivit en courant, entra dans la tour après lui , en traversa la cour, monta jusque sur le perron du bâtiment. Varillard, sur les pas duquel il

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