‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 225 sur 253 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Renaud et ses compagnons prennent le chemin de France. Ils arrivent au pont de f^arillard.

Les prisonniers de Morgane ayant repris leurs armes songèrent à ce qu'ils avoient à faire. Les chevaliers païens, parmi lesqueb il y avoit plus d'un prince, s'eo retournèrent chacun dans sa patrie , après avoir rendu de nouvelles grâces à Roland de leur délivrance. A l'égard des paladins françois, Qudon fit savoir au comte les grands préparatifs que faisoit le roiAgramant, pour porter la guerre en France , et l'ordre qu'il avoit reçu de Charles d'aller chercher ses paladins, pour les rap- peler à la défense de l'empire, dont ils étoient les plus fermes coloraies.

Renaud et les autres paladins parurent disposés à satisfaire leur empereur; mais Roland, partagé entre son devoir et son amour, ne savoit quel parti prendre. D*un côté, s'il sentoït vivement ce qu'il dcvoit à son prince et à sa religion, de l'autre il souhaitoit de rendre compte à sa belle Angélique de la commission dont elle l'avoit chargé , ou, pour mieux dire, il vouloit revoir sa princesse avant que de s'en retourner en France. Il se flatta qu'il anroit assez de temps pour arriver au secours de sa patrie, avant que-le roi d'Afrique y eût fait

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des progrès considérables. Prévenu de cette pensée, il dit à ses compagnons qu'ils n'avoient qu'à partir, et qu'il iroit les rejoindre dès qu'il auroit mis à fin certaine aventure à quoi il s'étoit engagé par serment, et qu'il ne vouloit avec lui que son cher Brandimart. Le seigneur de Montauban et les autres paladins l'embrassèrent , et le laissèrent marcher vers le Cathay. Pour eux, ils prirent le chemin de France, se proposant^ comme ils étoient à pied , de se pourvoir de chevaux à la première occasion qu'ils en trouveroient.

Ils tâchoient, en marchant, d'adoucir la rigueur du chemin par des discours réjouissants ; mais Renaud et le jeune Grifon n'étoient guère disposés à foui-nir de leur part à un entretien plein de gaieté. L'un soupiroit sans cesse pour Origîlc, qu'il ne pouvoit oublier, quoiqu'il se fût bien aperçu que le comte d'Angers, son oncle, désapprouvoit son attachement ; et l'autre ne pouvoit se consoler de la perte de son fidèle Bayard, qu'il désespéroit de revoir jamais. Tous ces chevaliers marchèrent cinq jours sans trouver d'aventure ; mais le sixième ils entendirent retentir le son d'un cor du haut d'un château qu'ils voyoient situé sur la cime d'un rocher. On voyoit tout autour de ce rocher une vaste prairie, au travers de laquelle il passoit un fleuve don^ l'eau étoit très claire, et si rapide qu'on ne pouvoit le passer à gué. Les paladins en approchèrent ; et , quand ils furent sur la rive, une demoiselle, qui étoit dans un bateau de l'autre côté , leur dit : Chevaliers , si vous voulez traverser ce fleuve, je vais vous prendre dans mon bateau. Les guerriers, qui crurent que c'étoit leur chemin, acceptèrent l'offre avec joie, et remercierait la

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