‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 232 sur 253 · LIVRE IV, CHAP. XIX · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. XIX

te fais pas subir le châtiiniMit que mérîteroient tes trahisom, c'est que je ije puis me résoudre à déshonorer mes armes et ma main en répandant ton sang.

Comme le comte d'Angers achevoit de parler, ils arrivèrent à l'autre bord du fleuve. A peine eut-il mis pied à terre, qu'il se vit aborder par le châtelain de la forteresse, qui lui tint le même discours qu'il avoit tenu à Renaud. Roland et Brandimart étoient trop accoutumés aux grandes entreprises pour n'oser tenter celle-ci, lU pressèrent eux-mêmes le châtelain de leur enseigner le chemin du pont. Le vieillard les y mena. Ils aperçurent le géant qui avoit pris tant de biaves chevaliers par sa force ou par son artifîce. Le comte marcha droit à lui, et, après l'avoir dé6é, l'attaqua sans lui tenir un long discours. Le combat .fut dangereux; maisYarillard, remarquauL bientôt qu'il ne résisteroit plus long-temps aux coups terribles d'un ennemi dont l'épée tranchoit ses armes facilement et lui faisoit de profondes blessures, eut recours à son artifice. Jamais, à la vérité, il n'en avoit eu plus grand besoin. Il fuit vers la tour; et Roland l'ayant poursuivi jusque sous le vestibule , le paladin y fut enveloppé , comme le fils d'Aymon, par les filets d'acier qui tombèrent du plafond. Les gens du géant se jetèrent promptement sur lui , lièrent ses mains et ses pieds avec des cordes , et trois de ses satelUtes se préparoient à le dépouiller de ses armes, pour le porter ensuite dans un cachot, lorsque Brandimart, qui avoitsuivi son ami jusque dans la tour, arriva dans cet endroit. Il se jeta plein de fureur sur ces traîtres; il en fendit un jusqu'à la ceinture , coupa l'autre par le milieu du corps, et mit en

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fuite tout le reste. Varîllard même tomba sous ses

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Brandimart ayant ensuite débarrassé Roland des 6Iets qui l'enveloppoient, ces deux cbevaliers cherehèrent les prisons , et obligèrent le geôlier à les ouvrir. Il y avoit dedans si peu de prisonniers, que le comte ne put s'empêcher d'en demander la raison. N'en soyez pas sui^ris, seigneur, lui dit te geôlier; quand ces prisons étoient remplies , Varillard avoit coutume d'envoyer les prisonniers au roi Monodant. Ainsi, vous ne voyez que ceux qui sont ici depuis trois jours. Si vous exigez de moi, continua le geôlier, un plus grand éclaircissement, je vous dirai que Monodant est un des plus puissants princes de l'Asie. La fortune toutefob n'a pas voulu le rendre entièrement heureux. Elle lui a fait perdre ses deux fils, dont l'un fut ravi dès l'enfance par des voleurs tartares, qui vinrent faire des courses jusque dans sa capitale; et l'autre est au pouvoir de la fée Morgane , qui l'aime et le retient dans l'île du Lac. Le roi met tout en usage pour le ravoir ; il a consulté un magicien, qui lut a répondu que le seul Roland, chevalier chrétien, pouvoit lui rendre Ziliant; que ce fameux guerrier étoit présentement en Asie, et devoit passer par le pont de cette île. Monodant, sur cette réponse, a résolu de faire arrêter ce Roland; et, comme Varillard s'étoit un jour vanté, en présence de toute la cour , de livrer au roî ce paladin , le monarque commit ce géant à la garde du pont. Cependant ce cbevalier n'a point encore passé par ici ; une infinité d'autres y ont été arrêtés. On a pris le prince Astolphe, et quelques jours après le célèbre Renaud de Montauban,

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