LIVRE IV, CHAP. XXI
tretint avec le capitaine de ^es gardes des deux ciievaliers <]uS avoieQt ^té emprisonnés; et comme l'officier lui vantoit leur haute apparence : Mon cher Tliiiimis, lui dit Monodant, il me vient un soupçon qt(e je veux te communiquer. le m'imagine que l'un de ces deux guerriers est ce fanieux Boland qui seul peut retirer mon fils des mains de Moi^ane. £n effet quel autre que ce paladin eût pu vaincre le géant Varillard ? Tu vois l'intérêt que j'ai d'éclaircir cela ; et, comme je crains que ces chevaliers ne cachent soigneusement leurs non»6, je charge ton adresse du soin ^e découvrir lequel des deux est Roland. N'oublie donc rien pour me donner cette satisfaction; et, si tu peux y réussir, il n'est rien que tu n'obtiei)Des de ma reconnois^nce.
Thiamis , tin et adroit courtisan , ne manqua pas d'entrer dans les sentiments de son maître; il le confirma dans sa conjecture, qu'il appuya même de raisons assez solides , et lui promit de foire tous ses efforts pour arracher ce secret des deux chevaliers. I) alla donc trouver Roland et Brandimart. Il commença par leur témoigner son déplaisir de n'avoir pu se dispenser d'exécuter l'ordre de leur emprisonnement; «psuite il leur dit, comme en confidenc« , que le roi etoit fort en colère contre eux de ce qu'ik avoient tué la géant Vari|)ard , qu'il avoit commis lui^nêoie à la ganJedu pont de l'île. Je m'étoune de ce que vous nous dites, lui répondit Roland; mon compagnon et moi nous n'avons combattu Variliard que sur l'as$urance que le châtelain de la forteresse nous a doDnée, que nous rendrions u|i grand service au roi Monodant et à ses sujets d'afirancliir le pont de la servitude que Le géant avoit étabUe, et d'arrêter le
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44o ROLAND L'AMOUREUX.
cours des désordres qu'il causoit dans tout le pays. L'officier parut satisfait de cette réponse , et promît aux chevaliers de faire valoir au roi les raisons qu'ils alléguoient pour leur justiScation.
Après quelques discours, Thianiis tira Roland à part , et, sous prétexte d'avoir conçu de l'affection pour lui particulièrement, il l'assura qu'il alloit s'employra- à lui procurer la liberté, préférablement à son compagncm. Le paladin le remercia de la bonne volonté qu'il lui marquoit; mais il lui fit connoître en même-temps qu'il ne pouvoit en profiter; que , devant la vie et la liberté à son compagnon, l'honneur et la reconnoissance ne lui permettroient pas d« sortir sans lui de prison. J'ai combattu le premier contre Varillard, ajouta-t-il ; et j'alloîs être son prisonnier, si mon ami ne fût venu à mon secours, et ne m*eût délivré en tuant le géant. Le capitaine des gardes, après ce discours, se tourna vers Brandimart, et, le prenant aussi en particulier pour gagner sa confiance, il lui dit : Brave chevalier, je sais bien que c'est vous qui avez ôtë la vie à Varillard; mais soyez persuadé que, par estime pour vous, je ne le dirai point au roi. Je vous avouerai même confidemment que je ne suis point fâc^é de la mort de ce géant, qui , depuis qu'il garde ce pont , m*a privé d'un chevalierà qui le sang me lioit, et que j'aimois tendrement.
L'officier s'attendoit à un compliment de la part de BrandimarL II s'imaginoit que ce chevalier le remercieroit du ménagement qu'il témoignoit avoir pour lui dans une conjoncture si délicate ; mais il fut fort surpris quand Brandimart lui répondit en ces termes ; Seigneur